« Une pensée de fond atrophiée » : la phrase du ministre Geffray qui justifie la sanction sur l'orthographe au bac 2027

Un élève écrit à la main sur une copie d'examen dans une salle de classe.
Dès 2027, une expression écrite jugée trop pauvre coûtera deux points sur toutes les copies du bac et du brevet, y compris en mathématiques. Le ministre Édouard Geffray défend une exigence retrouvée.

Dès 2027, une expression écrite jugée trop pauvre coûtera deux points sur toutes les copies du bac et du brevet, y compris en mathématiques. Le ministre Édouard Geffray défend une exigence retrouvée. Un conseiller régional et des observateurs dénoncent une sanction qui punit les élèves sans s'attaquer aux causes des inégalités.

En bref

  • À partir de 2027, une mauvaise expression écrite fera perdre deux points, dans toutes les matières, même en mathématiques.
  • Le ministre Édouard Geffray justifie la mesure : une mauvaise expression traduirait une pensée de fond atrophiée.
  • Le conseiller régional PS Yannick Trigance dénonce une double peine pour les élèves déjà fragilisés par les inégalités sociales.

Le chiffre clé : 30 millions de mots de vocabulaire entendus en plus par les enfants de milieux aisés avant l'école.

Deux points en moins pour une mauvaise expression, dans toutes les matières

Retenez la règle telle qu'elle s'appliquera : à partir de 2027, une expression écrite jugée mauvaise fera systématiquement perdre deux points, dans toutes les disciplines du bac et du brevet. Pas seulement en français ou en histoire géographie : en mathématiques aussi.

Concrètement, une copie truffée de fautes perdra ces deux points, même si le raisonnement scientifique est juste. La pénalité s'applique quelle que soit la matière évaluée, ce qui change la donne pour des générations d'élèves habitués à ce que seule la copie de français sanctionne la langue.

Cette bascule a suffi à faire réagir la presse spécialisée en éducation, qui s'interroge sur la manière dont un correcteur de mathématiques devra désormais évaluer aussi la qualité du français, au risque de traiter une copie scientifique presque comme une copie de lettres.

Le ministre justifie la sanction par une « pensée de fond atrophiée »

« Une expression très mauvaise et un vocabulaire inadapté traduisent une pensée de fond atrophiée. »

C'est Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, qui l'affirme dans une interview accordée au Figaro. Pour lui, mal s'exprimer revient à mal penser, et pénaliser la forme pousserait les élèves à progresser sur le fond.

Le ministre s'appuie aussi sur le classement international Pisa, où la France se classe 79e sur 82 pour le climat scolaire, avec des résultats en compréhension de l'écrit qui reculent. Il justifie sa méthode par la nécessité, selon ses mots, de fixer des objectifs annuels très précis plutôt que de se disperser.

Un écart de vocabulaire qui se creuse bien avant le collège

Les critiques de la mesure ne contestent pas le constat sur le niveau, mais son remède. Pour eux, sanctionner l'orthographe au bac et au brevet arrive bien trop tard, alors que les inégalités de langage se forment dès la maternelle, comme le montre notre méthode pour corriger une fiche de CE2.

IndicateurDonnée
Écart de vocabulaire entendu avant l'école30 millions de mots en plus pour les enfants de milieux aisés
Rang Pisa de la France pour le climat scolaire79e sur 82
Effort budgétaire sur le premier degré vs le lycée10 % de moins en primaire, 30 % de plus au lycée
Pénalité prévue par copie mal exprimée2 points, dans toutes les matières

Ce tableau résume l'argument central des opposants à la réforme : on demande à un élève de 15 ans une maîtrise parfaite de la langue, alors que l'école investit historiquement moins dans les années où ce vocabulaire se construit.

Un conseiller régional PS parle de « double peine » pour les élèves fragiles

Yannick Trigance, conseiller régional PS d'Ile de France, est le plus offensif dans la contestation. Selon lui, le ministère s'attaque aux conséquences des difficultés scolaires plutôt qu'à leurs causes : classes surchargées, formation initiale insuffisante des enseignants du premier degré, moyens trop faibles en maternelle.

Son argument : appliquer une sanction uniforme revient à punir deux fois les élèves déjà en difficulté, ceux dont le milieu social, l'histoire familiale ou le parcours scolaire chaotique expliquent déjà un accès plus tardif à la langue écrite. Pour lui, l'école devrait d'abord prévenir l'échec avant de le sanctionner.

Il pointe aussi que le ministre communique sur une légère hausse des notes au concours de recrutement des enseignants, sans s'attarder sur l'insuffisance de la formation initiale des professeurs des écoles face aux difficultés de langage des plus jeunes élèves.

Même les copies de mathématiques sont désormais concernées

C'est le point qui surprend le plus les enseignants de disciplines non littéraires : la réforme touche aussi les copies de mathématiques. Une expression jugée trop pauvre pourra donc coûter des points dans une matière où seul le raisonnement comptait jusque là.

La presse éducative s'en amuse en imaginant des copies de maths évaluées presque comme des versions latines, tant la frontière entre exactitude du calcul et qualité de la formulation devient floue pour les correcteurs.

Pour les familles, la conséquence concrète est simple à retenir : dès 2027, revoir l'orthographe et la formulation d'une copie ne sera plus un exercice réservé au cours de français, mais un réflexe à adopter dans toutes les matières, y compris en sciences.

Vos questions

À partir de quand cette pénalité sur l'orthographe s'applique-t-elle ?

À partir de 2027, au bac et au brevet. La mesure concerne toutes les disciplines évaluées lors de ces examens, pas seulement le français.

Combien de points peut-on perdre pour une mauvaise expression écrite ?

Deux points sont retirés systématiquement dès que l'expression ou le vocabulaire sont jugés inadaptés, quelle que soit la matière, y compris en mathématiques.

Pourquoi cette réforme est-elle contestée ?

Ses opposants, comme le conseiller régional Yannick Trigance, estiment qu'elle sanctionne des inégalités qui se forment dès la maternelle, faute de moyens suffisants, plutôt que de s'attaquer à leurs causes.

Sources : Le Café pédagogique, Le Monde, VousNousIls.

Par Manon Riboulet
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