1ère – GÉOGRAPHIE (2), Les inégalités socio-spatiales dans les métropoles. 

1ère – GÉOGRAPHIE (2), Les inégalités socio-spatiales dans les métropoles. 

                                San Francisco est la ville américaine qui concentre à la fois le plus grand nombre de millionnaires et le plus grand nombre de Sans-Domicile-Fixes (SDF). À New York, la ville la plus riche des États-Unis, le niveau de vie moyen est inférieur au niveau de vie moyen dans le pays. Comment comprendre ce paradoxe ?

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                Les métropoles, villes concentrant des fonctions et des infrastructures de commandement à différentes échelles (nationale, régionale ou mondiale), sont des espaces fracturés. La fracture socio-spatiale des espaces urbains se marque dans le paysage des métropoles. Depuis 2016, plus de la moitié des 8 milliards d’hommes vit en ville : ces quelques 5 milliards d’urbains habitent dans des villes de plus en plus grandes et de plus en plus étendues. L’automobile permet des déplacements sur de longues distances (À Rio, au Brésil, la distance moyenne domicile-travail a augmenté de 25% en dix ans). Mais les modèles sociaux de réussite privilégiant le pavillon familial dans des banlieues toujours plus étendues expliquent aussi l’explosion de la superficie des villes : en un demi-siècle Mexico a vu sa superficie multipliée par 10. Les métropoles sont de plus en plus ségrégées : les pauvres et les riches n’habitent plus dans les mêmes quartiers. Ghettos de pauvres, voire de très pauvres (Bidonvilles, favelas au Brésil, barrios en Amérique latine, slum en Inde), et gated communities (Lotissements fermés réservés aux locataires ou aux propriétaires) se sont généralisés. À Paris, pour acheter 75m² de logement, il faut disposer d’un revenu mensuel de 11 000€ : la croissance des métropoles s’accompagne d’une grande opération d’expulsion des pauvres et des classes moyennes.

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                Les politiques publiques et les initiatives civiques de réduction des inégalités socio-spatiales sont de plus en plus nombreuses mais leurs effets sont minces. À New York, la gentrification (Amélioration de l’habitat et hausse du niveau de vie) de Harlem a permis le retour d’une classe moyenne noire, mais les noirs pauvres ont été expulsés vers les boroughs de périphérie (Bronx, Brooklyn) voire dans les villes de banlieues. Depuis l’élection du maire Gil DE BLASIO, la municipalité de New York mène des politiques de logements orientée vers la mixité sociale : le Hudson Yard, un éco-quartier (isolation pour assurer 30% d’économie d’énergie, récupération des eaux de pluies) en construction vise à la création de 5 000 logements dont 25% à des prix « abordables », des services de loisirs et des bureaux pour créer 23 000 emplois. En France la politique de la ville vise à détruire les barres d’immeubles en HLM qui concentraient la misère urbaine pour des habitations collectives moins vastes. Mais les métropoles restent le théâtre des inégalités : paradoxalement, les politiques de réhabilitation des quartiers pauvres chassent les classes défavorisées au profit des classes moyennes et des classes supérieures. Les politiques de raccordement aux réseaux de trains urbains renchérissent les coûts des loyers, chassant familles pauvres et retraités.

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                Sous les effets conjugués d’une exigence citoyenne de développement durable et de la compétition accrue à toutes les échelles entre métropoles, où l’image de marque associant attractivité et durabilité est un avantage comparatif, d’autres modèles de métropoles voient le jour. Les autorités urbaines luttent contre le zonage (Hyperspécialisation des fonctions des quartiers : CBD, logements, loisirs, commerces) pour mixer les différentes fonctions urbaines. Singapour veille à garder 30% de sa superficie couverte par des arbres : les forêts urbaines filtrent les microparticules, permettant ainsi de lutter contre la pollution générées par le transport automobile et les industries de banlieues. C’est le concept de sponge cities. Les smarts cities (Qui cumulent innovation et mixité générationnelle et sociale) accueillent une jeunesse diplômée et des classes supérieures, mais les pauvres, nécessaires au fonctionnement des villes géantes, restent marginalisés voire expulsés de plus en plus loin. Les villes nouvelles, comme Songdo en Corée, hyperconnectée et modernes, sont aussi sans âme et sans identité : ce sont souvent des échecs relatifs. L’équilibre entre tradition (avec ses lourdeurs) et modernité est difficile à réaliser.

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                Les villes bâtissent leur dynamisme sur une classe travailleuse pauvre et peu diplômée reléguée aux confins de la ville. Le volet social du développement durable est sacrifié au profit d’image de marque vantant l’écologie, les mobilités  et les connexions Internet.

© Souleymane ALI YÉRO, Erwan BERTHO & Ronan KOSSOU (2019)

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Articles complémentaires :

Cliquez ICI pour accéder au cours précédent intitulé “1ère  – GÉOGRAPHIE (1), Unité, diversité et hiérarchie des métropoles à l’échelle mondiale.”

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