BIOGRAPHIES – Les dirigeants français de la Ve République (1958-2008)

BIOGRAPHIES DES DIRIGEANTS FRANÇAIS
1958 – 2008
Par ordre chronologique

La Constitution de la Ve République d’octobre 1958 instaure en France un régime dit « semi présidentiel » parce que le président de la République irresponsable devant la chambre délègue la conduite des affaires courantes à ses ministres qui eux sont responsables devant la chambre : mis en minorité sur un vote de confiance ils peuvent être censurés et donc contraints de fait à la démission. En réalité le régime est présidentiel : les pouvoirs et domaines d’intervention du président de la République n’ayant pas cessé de s’accroître tout au long de l’histoire de la Ve République.
Le président élu au départ au suffrage universel indirect par un « Collège de grands électeurs » (Conseillers municipaux, généraux et les parlementaires) est élu au suffrage universel direct (1965) pour une durée de 7 ans (septennat) puis (2002) pour une durée de 5 ans (Quinquennat).
Le mandat des députés (5 ans) ne coïncidant pas avec celle du président (7 ans) le président devait affronter des élections législatives en cours de mandat. A plusieurs reprises une majorité opposée est parvenue à l’Assemblée nationale imposant au président un Premier Ministre d’un parti hostile. C’est la cohabitation : François Mitterrand eu comme Premier Ministre de cohabitation Jacques Chirac (1986 – 1988) et Edouard Balladur (1993 – 1995), tandis que Jacques Chirac une fois président eu Lionel Jospin comme Premier Ministre (1997 – 2002). Notons cependant que des cohabitations officieuses peuvent avoir lieu quand le gouvernement ne dispose à la chambre que d’une majorité de coalition : ainsi Valéry Giscard d’Estaing (UDF, droite chrétienne européaniste) du prendre Jacques Chirac (RPR, droite gaulliste) comme Premier Ministre (1974 – 1976).
Depuis 2002 le mandat des députés et du président étant de même durée une cohabitation est devenue moins probable à moins de dissolution de l’Assemblée Nationale par le président.

DE GAULLE Charles (1958-1969)
Président de la République française (1958 – 1965 et 1965 – 1969).
Héros de la Seconde Guerre mondiale, libérateur de la France il quitte le pouvoir quand la France choisi une constitution instaurant un régime parlementaire que de Gaulle réprouve. Il entame alors une « traversée du désert » de 12 ans. La crise du 13 mai 1958 voit les colons et militaires français d’Algérie prendre le pouvoir à Alger et demander le retour au pouvoir du général de Gaulle. Celui-ci accepte d’être nommé président du conseil (équivalent du Premier Ministre) de la IVe République avec les pleins pouvoirs et la convocation d’une constituante. Le calme revient en Algérie, la constitution de la Ve République instituant un régime présidentiel est adoptée par référendum (octobre 1958). De Gaulle après avoir proposé la reddition et l’amnistie des combattants (« Paix des braves ») entame vite des pourparlers avec les dirigeants du Front de Libération National (FLN) algérien. La marche vers l’indépendance entraîne la radicalisation des colons (Création de l’Organisation Armée Secrète, OAS), vague d’attentats contre les musulmans d’Algérie, assassinats de modérés, attenta du Petit Clamart contre de Gaulle en 1961, coup d’Etat militaire à Alger en 1961). En 1962 les accords d’Evian accordent l’indépendance à l’Algérie. Dès lors le général de Gaulle mène une politique de grandeur nationale (Visite en URSS, discours de Phnom Penh au Cambodge, retrait de l’OTAN, retrait du stock d’or français de Fort Knox). Mais cette politique s’accompagne aussi d’un soutien inconditionnel aux Etats-Unis dans les moments de tensions (Mur de Berlin en 1961, crise des missiles de Cuba, 1962) et d’un renforcement de l’amitié franco-allemande (de Gaulle – Adenauer). Les problèmes intérieurs de l’intéressant pas il laisse les inégalités sociales s’accroître et reste sourd aux évolutions sociales. La crise de 1968 dix ans exactement après son arrivée au pouvoir le prend au dépourvu : pendant 3 jours le pouvoir est vacant. Le général de Gaulle croyant à une tentative de coup d’Etat communiste est en Allemagne auprès du général Massu pour s’assurer la fidélité de l’armée. Son retour est marqué par un raz de marée gaulliste aux législatives. Mais un référendum mal expliqué sur la décentralisation révèle les fractures de la droites (Valéry Giscard d’Estaing ministre des Finances du général de Gaulle appelle à voter « non ») et c’est une défaite pour le général de Gaulle. Comme prévu le général de Gaulle s’estimant désavoué par les Français démissionne : l’intérim est assuré par le président du Sénat, Alain Poher. Les élections présidentielles de 1969 portent au pouvoir George Pompidou, Premier Ministre du général de Gaulle (1962-1968).

POMPIDOU Georges (1969 – 1974)
Président de la République française (1969 – 1974)
Ancien Premier Ministre du général de Gaulle (1962-1968) il est démissionné lors de la crise de mai 1968 alors que sa cote de popularité est en augmentation. Pompidou plus jeune comprend mieux les revendications ouvrières et de jeunesse. Mais ni sa politique intérieure ni sa politique extérieure ne sont en vraie rupture avec celle du général. Sur le plan diplomatique il accepte l’entrée de la Grande Bretagne dans la Communauté Économique Européenne (CEE) que refusait son prédécesseur qui pensait que le Royaume Uni n’était que le cheval de Troie des États-Unis. Sur le plan intérieur il assure la poursuite des décisions arrêtées lors des accords de Grenelle (1968) et entame une politique de grands travaux autoroutiers et d’aménagement de Paris pour y améliorer la circulation automobile. Il meurt d’un cancer en 1974. L’intérim est assuré par le président du Sénat Alain Poher. Les élections présidentielles de 1974 portent au pouvoir Valéry Giscard d’Estaing, ancien Ministre des Finances de George Pompidou quand celui-ci était le Premier Ministre du général de Gaulle.

GISCARD D’ESTAING Valéry (1974 – 1981)
Président de la République française (1974-1981)
Homme politique de la droite chrétienne et européaniste il mène une politique de modernisation sociale : entrée des femmes au gouvernement et dans la haute administration, loi sur l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG, 1974, dite loi Veil), majorité à 18 ans, loi Haby (Collège unique, démocratisation de l’enseignement secondaire et supérieure), relance de la construction européenne (resserrement des liens avec l’Allemagne, entrée de la Grèce dans la CEE). Son septennat est marquée par les conséquences des deux chocs pétroliers (1973-1974 et 1979), avec une forte augmentation du chômage (qui passe de 100,000 à 1,000,000 chômeurs), une amorce de désindustrialisation, la fermeture des bassins sidérurgiques et houillers du Nord, et des chantiers navals. L’inflation conjuguée à une forte hausse du chômage (appelée « stagflation ») est un phénomène inconnu des économistes qui adoptent des mesures inappropriées. D’autre part Valéry Giscard d’Estaing gouverne avec une majorité de coalition dont le parti présidentiel (Union pour la Démocratie Française, UDF) ne constitue qu’un élément. L’autre élément est constitué de députés gaullistes hostiles aussi bien à la politique sociale qu’européenne du président. Jacques Chirac forme le Rassemblement Pour la République (RPR) et entre dans une opposition larvée. Valéry Giscard d’Estaing nomme Raymond Barre, un professeur d’économie, comme Premier Ministre mais le bilan économique reste mauvais. Pendant ce temps la gauche s’unifie et fait front commun aux grandes échéances électorales sous la houlette du Parti Socialiste (PS) qui séduit les couches nouvelles de la société française : femmes actives, jeunes diplômés, cadres et employés du secteur tertiaire. Battu de justesse (par François Mitterrand, 1981) en partie à cause de la mollesse du soutien du RPR de Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing se retire de la vie politique nationale et se consacre à la construction européenne. Il est notamment chargé de conduire les travaux du groupe chargé de la rédaction de la Constitution européenne.

MITTERRAND François (1981 – 1995)
Président de la République française (1981 – 1988 et 1988 – 1995)
Elu (1981) grâce à un patient travail de 25 ans d’unification des forces de gauche, créateur du Parti Socialiste (PS, 1969) François Mitterrand est à ce jour le chef d’Etat de la Ve République à avoir effectué la plus longue magistrature (14 ans). Il mène dans un premier temps (« Etat de grâce » 1981-1983) un programme de profond changement (les « 110 propositions pour la France ») inspiré des politiques de relance keynésiennes par la relance de la consommation des ménages : abolition de la peine de mort (loi Badinter), relèvement des minima sociaux, augmentation des allocations (+25%), diminution du temps de travail (5e semaine de congés payés), renforcement des droits des salariés et des locataires, légalisation des travailleurs immigrés clandestins, volonté de réformer les relations France-Afrique (Pierre Cot nommé Ministre de la Coopération). La contrainte extérieure (les ménages consomment les produits les moins chers importés de pays concurrents) oblige le gouvernement à adopter « le tournant de la rigueur » (1983). Les élections de 1986 sont une double défaite : défaite électorale qui amène un Premier Ministre de cohabitation (Jacques Chirac, 1986-1988) et une défaite morale car le passage au scrutin à la proportionnelle permet l’émergence du Front National (FN, de Jean Marie Le Pen). Réélu en 1988 grâce à une coalition de gauche et à la division de la droite (RPR, UDF et FN faisant difficilement alliance même au second tour). Les résultats économiques restant mauvais (Chômage multiplié par 3 entre 1981 et 1995) il est battu aux législatives de 1993 qui amènent Edouard Balladur au poste de Premier Ministre (2e cohabitation). Sa politique étrangère est bien meilleure : conditionnement de la coopération à la démocratisation en Afrique (Discours de La Baule en 1990), accompagnement de la libéralisation de l’URSS et appui à la réunification allemande (1990), main tendue aux populations du Sud (Discours de Cancun, 1982). La fin du second mandat est émaillé de scandales politiques (financement occulte du Parti Socialiste, « affaire Urba »), financiers (Délits d’initiés commis par des proches « affaire Péchiney »), moraux (Génocide rwandais, 1994, au cours duquel l’armée française est accusée à tort d’avoir favorisé la fuite de génocidaires), policiers (Cellule antiterroriste ayant pratiqué des écoutes téléphoniques illégales et monté des manipulations judiciaires « affaire des Irlandais de Vincennes »), médicaux (Président atteint d’un cancer depuis 1982 et ayant fait trafiquer les bulletins médicaux). Au final pourtant il reste un grand président ayant assuré à la France un rang politique et diplomatique international de premier plan (Intervention au Liban, 1982, au Koweït en 1991, en Yougoslavie, 1995).

CHIRAC Jacques (1995 – 2007)
Président de la République française (1995 – 2002 et 2002 – 2007)
Dernier président à effectuer un septennat (7 ans) et premier à effectuer un quinquennat (5 ans). Elu (contre le candidat PS Lionel Jospin) sur un programme de réduction de la « fracture sociale » (concept emprunté au sociologue socialiste Emmanuel Todt), il mène un programme économique libéral et diplomatique agressif (reprise des essais nucléaires dans le Pacifique). Les deux premières années (Alain Juppé) sont tellement contestées que le président décide de redemander la confiance du peuple et il prononce la dissolution de l’Assemblée Nationale (1997). Les législatives donnent une majorité de coalition à la gauche plurielle emmenée par Lionel Jospin qui devient Premier Ministre (3e cohabitation). La cohabitation de gauche mène une politique sociale avancée (35 heures, loi sur la parité homme/femme, arrêt des essais nucléaires, emplois aidés pour les jeunes et les adultes en chômage de longue durée). Sur le plan diplomatique la France reste solidaire des Etats-Unis dans les heures sombres (Attentats fondamentalistes de septembre 2001) mais refuse l’engagement militaire en Afghanistan (2003) se brouillant ainsi avec l’administration Bush (« Punir la France »). Le septennat est marqué par les grandes heures de la construction européenne : passage à l’Euro (€), entrée de 10 membres des Pays de l’Europe Centrale et Orientale (PECO, 2004) et de la Bulgarie et de la Roumanie (2007). L’élection de 2002 est marquée par le maintient au second tour du candidat d’extrême droite (Lionel Jospin arrivé en 3e position est éliminé), produit d’une campagne chiraquienne basée sur la lutte contre l’insécurité (Nouveau Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy). Durant le quinquennat (Premier Ministre Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de la Présidence) la reprise mondiale permet une nette baisse du chômage (qui tombe à moins de 8%, du jamais vu depuis le milieu des années soixante-dix). Le bilan économique et diplomatique est donc bon à l’issue des 12 années de présidence mais ne peut cacher la montée de l’extrême droite, régulière, qui entraîne une droitisation certaine du discours électoral de la droite classique.

SARKOZY Nicolas (2007 – 2012)
Président de la République française (2002 – 2012)
Dirigeant de l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP, devenue Union pour un Mouvement Populaire), Nicolas Sarkozy est un brillant militant du RPR, président des « jeunes RPR » élu des Hauts de Seine (département 92), département riche (gestionnaire entre autre du complexe d’affaire de La Défense). Il sort en 2007 d’une traversée du désert commencée en 1995. Soutien de premier plan du candidat (1995) Edouard Balladur (RPR) dont il avait été ministre du Budget, et qui se présentait contre le candidat historique du mouvement gaulliste (RPR) Jacques Chirac (« l’ami de 30 ans ») Nicolas Sarkozy fait alors figure de « traître » et doit se cantonner à ses tâches d’élu départemental et parlementaire. Proche des milieux d’affaires dont il est un des avocats par ailleurs, cet habile manœuvrier revient au pouvoir après la dissolution de 1997. Proposée par les proches (Dominique de Villepin) du président Chirac cette dissolution est une véritable catastrophe. Elle permet le retour au pouvoir au sein de l’UMP d’une équipe balladurienne satellisée depuis 1995. Ministre de l’Intérieur il sait s’imposer par son « franc parlé », sa présence sur le terrain et sa maîtrise hors norme du calendrier médiatique dont il accélère le rythme, suivant en cela les leçons des conseillers en communication du travailliste Tony Blair. Il prend rapidement la tête de l’UMP dont il fait une machine électorale puissante. Elu (contre le candidat PS Ségolène Royal) sur un programme de lutte contre l’insécurité (comme Jacques Chirac en 2002) et avec un message spécifique à destination des oubliés de la reprise (ouvriers, artisans, petits employés) il marque une rupture dans le « style présidentiel » en intervenant fréquemment sur les questions de politique intérieure, domaine risqué réservé traditionnellement au « fusible » que constitue le Premier Ministre (François Fillon depuis 2007). Libéral il mène une politique de privatisation du secteur public, de réduction des systèmes de protection sociale publique. Parfois populiste dans ses approches il est favorable à une intervention ponctuelle de l’Etat dans l’économie quand il s’agit de protéger les intérêts industriels qu’il connaît bien. Sur le plan diplomatique il adopte rapidement une approche de realpolitik qu’il avait combattu en tant que candidat. Mais le phénomène est commun à tous les présidents. Avec lui la France est présente quelque fois de manière tonitruante sur la scène internationale (Libération des médecins et infirmières bulgares, visite clownesque de Kadhafi en France, intervention au résultat mitigé en Géorgie). Il fait preuve pendant le déclenchement de la crise des subprimes d’un volontarisme qui réussit à faire entendre un discours d’intervention de l’Etat rare venant de la droite européenne. Il réussi à faire oublier à l’administration Bush les tiédeurs de 2003. Sa cote de popularité est cependant au plus bas : certains Français lui reprochent une surexposition médiatique (Médiatisation à outrance de ses aventures amoureuses) mais il reste paradoxalement dans les sondages non seulement le meilleur candidat de la droite mais le vainqueurs de tous les autres candidats quelques soit les opposants de gauche. Ses gouvernements comptent un nombre conséquent de femmes (Nadine Morano) et de Français enfants d’immigrés (ce qu’il est également) : Rama Yade, Rachida Dati (Elue parisienne et européenne et ancienne ministre de la justice, chargée de conduire la très difficile réforme de la Justice) incarnent par exemple un gouvernement métissé.

© Erwan BERTHO

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