Alphonse de LAMARTINE, l’intenable troisième voie (2/2) : extraits.

LAMARTINE, UNE FIGURE DE LA VIE LITTÉRAIRE EN POLITIQUE

 Fragment 1 Discours de LAMARTINE le 25 février 1848 à l’Hôtel de ville de Paris

« […] Et que verrait le soleil d’aujourd’hui ? Il verrait un autre peuple, d’autant plus furieux qu’il a moins d’ennemis à combattre, se défier des mêmes hommes qu’il a élevés hier au-dessus de lui, […] ; substituer une révolution de vengeances et de supplices à une révolution d’unanimité et de fraternité, et commander à son gouvernement d’arborer, en signe de concorde, l’étendard de combat à mort entre les citoyens d’une même patrie ! […] Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement, […] le gouvernement, […], est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret. Je repousserai jusqu’à la mort ce drapeau de sang, et vous devez le répudier plus que moi, car le drapeau rouge que vous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple […], et le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie. »

SOURCES : Discours de LAMARTINE, le 25 février 1848 à l’Hôtel de Ville de Paris, face aux ouvriers socialistes entrés en insurrection, Assemblée nationale (Paris, France). 

Fragment 2 La question sociale en France

 « […] Mais les questions sociales sont complexes. […]. Tout se tient dans le monde, et toujours un fait réagit sur l’autre. […] L’Europe a des formes diverses, mais n’a déjà qu’un même esprit, l’esprit de rénovation et de gouvernement des hommes selon la raison. […]

[…] Les conséquences immédiates de la révolution en France […] sont nombreuses […].

L’égalité de droit a produit l’égalité de prétentions et d’ambitions dans toutes les classes : l’aspiration au pouvoir, la concurrence indéfinie à tous les emplois, l’obstruction de toutes les carrières, la rivalité, la jalousie, l’envie entre tant d’hommes se pressant à la fois aux mêmes issues, un coudoiement perpétuel des capacités, […].

La liberté de discussion et d’examen, constituée dans la presse affranchie, a produit un esprit de contestation et de dispute sans bonne foi, une opposition de métier et d’attitude, un cynisme de paroles et de logique qui effarouche la vérité et la modération, qui égare et ameute l’ignorance, […].

Le mouvement industriel : — il arrache les populations aux mœurs et aux habitudes de famille, aux travaux paisibles et moralisants de la terre ; il surexcite le travail par le gain, […] il accoutume au luxe et aux vices des villes des hommes qui ne peuvent plus retourner à la simplicité et à la médiocrité de la vie rurale : de là des masses, aujourd’hui insuffisantes, demain sans emploi, et que leur dénûment jette en proie à la sédition et au désordre.

Les prolétaires : — classe nombreuse, […] classe qui, aujourd’hui, livrée à elle-même par la suppression de ses patrons et par l’individualisme, est dans une condition pire qu’elle n’a jamais été, a reconquis des droits stériles sans avoir le nécessaire, et remuera la société jusqu’à ce que le socialisme ait succédé à l’odieux individualisme.

C’est de la situation des prolétaires qu’est née la question de propriété qui se traite partout aujourd’hui ; question qui se résoudrait par le combat et le partage si elle n’était résolue bientôt par la raison, la politique et la charité sociale. La charité, c’est le socialisme; — l’égoïsme, c’est l’individualisme. La charité, comme la politique, commande à l’homme de ne pas abandonner l’homme à lui-même, mais de venir à son aide, de former une sorte d’assurance mutuelle à des conditions équitables entre la société possédante et la société non possédante ; elle dit au propriétaire : « Tu garderas ta propriété ; car, malgré le beau rêve de la communauté des biens, tenté en vain par le christianisme et par la philanthropie, la propriété parait jusqu’à ce jour la condition sine qua non de toute société; sans elle, ni famille, ni travail, ni civilisation. » Mais elle lui dit aussi : « Tu n’oublieras pas que ta propriété n’est pas seulement instituée pour toi, mais pour l’humanité tout entière ; tu ne la possèdes qu’à des conditions de justice, d’utilité, de répartition, d’accession pour tous : tu fourniras donc à tes frères, sur le superflu de ta propriété, les moyens et les éléments de travail qui leur sont nécessaires pour posséder leur part à leur tour; tu reconnaîtras un droit au-dessus du droit de propriété, le droit d’humanité ! « Voilà la justice et la politique ; c’est une même chose. […] »

SOURCES : LAMARTINE, (Alphonse, de), « Résumé politique du voyage en Orient », in, 1833, Impressions, souvenirs, pensées et paysages pendant un voyage en Orient, 1832-1833, ou Notes d’un voyageur, (Dernière partie du Tome II), devenu en 1841 Voyage en Orient., publication par Hachette (Paris), en 1913 (tome I) et 1914 (Tome II). 

© Erwan BERTHO (2019)

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