2nde – HISTOIRE (5), Al-Andalus et la Reconquista : ombres et lumières de l’Espagne des trois cultures

2de – HISTOIRE (5), Al-Andalus et la Reconquista : ombres et lumières de l’Espagne des trois cultures

Depuis le VIIème siècle, trois civilisations bordent la Méditerranée médiévale : l’Occident chrétien latin, l’empire byzantin grec et le monde arabo-musulman. Au milieu du  Moyen Age, les adeptes de l’islam sunnite sont en forte croissance mais ce n’est pas une confession majoritaire en dehors de la péninsule arabique (musulmans zaydites au Yémen, chiites en Iran, Irak, Liban et Syrie). Les communautés chrétiennes sont également nombreuses dans les territoires gouvernés par un pouvoir musulman (orthodoxes de Syrie et d’Irak, coptes en Egypte, maronites du Liban). Les juifs sont disséminés dans l’ensemble du monde arabo-musulman.   Al-Andalus, l’Espagne administrée par les musulmans entre 711 et 1492, comptait parmi ses habitants une forte proportion de chrétiens catholiques et des juifs. Quelles relations entretenaient ces trois communautés aux marges occidentales du monde méditerranéen ?

 

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                 Les historiens spécialistes du monde musulman rappellent que, jusqu’au XIème siècle, la majorité des habitants de l’empire construit progressivement après la mort du prophète Mohammed en 632 ne sont pas musulmans. Les conquêtes menées depuis l’Arabie n’ont pas été des guerres de conversions mais des conflits destinés à établir une domination politique et à prélever le butin puis l’impôt. En 711, Tariq IBN ZIYAD traverse le détroit de Gibraltar et entreprend la conquête d’Al-Andalus. Les élites musulmanes au pouvoir dans cette partie de l’empire vont chercher à organiser la coexistence entre les différentes communautés. Ces principes ne se fondaient pas « sur une conception égalitaire de l’autre, ce qui n’aurait aucun sens au Moyen Age où l’infériorisation de nombreux groupes (femmes, esclaves, pauvres, non-nobles) est la norme » rappelle Emmanuelle TIXIER-DU-MESNIL (l’Histoire n°457 mars 2019). Les minorités religieuses (juifs et chrétiens) peuvent être majoritaires numériquement. Elles n’en sont pas moins en situation de minorité d’un point de vue juridique. Elles sont liées au pouvoir islamique par la dhimma (= le pacte de protection) dont les principales dispositions sont les suivantes : distinctions entre les communautés, désarmement des minorités, paiement d’un impôt (la djiziya) supérieur à celui que doivent les musulmans en échange de la possibilité pour ces gens du Livre » de pratiquer leur religion et d’être protégés.

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Certains historiens, à la suite d’Américo CASTRO auteur de travaux autour de la notion de convivencia (= cohabitation parfaite), considèrent Al-Andalus comme un modèle de société tolérante. A l’inverse, des historiens nationalistes, conservateurs (et islamophobes ?) insistent sur les conflits entre communautés et en déduisent l’existence d’une haine implacable. Sérafin FANJUL n’hésite pas à comparer Al-Andalus à un régime proche de l’Apartheid. Emmanuelle TIXIER-DU-MESNIL tranche ces querelles historiographiques en rappelant que la notion de tolérance, élaborée aux XVIème-XVIIème siècle, ne permet pas de décrire la société d’Al-Andalus disparue à la fin du XVème siècle. Elle démontre également que les historiens conservateurs ne travaillent pas de façon très rigoureuse en examinant une partie des sources disponibles. Elle nous invite à la prudence et rappelle que la dhimma a permis une coexistence, le plus souvent pacifique, entre musulmans, chrétiens et juifs.

 

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Les califes almohades, au pouvoir dans Al-Andalus à partir des années 1150, suspendent la protection traditionnelle accordée par les pouvoirs islamiques aux minorités. Les rois chrétiens espagnols et portugais installés au nord de la péninsule tentent d’étendre leur royaume vers le sud : c’est la Reconquista. La progression chrétienne est rapide : prise de Cordoue en 1236. En 1492, le dernier émir de Grenade remet sa principauté aux Rois catholiques. Dans un premier temps, les rois chrétiens autorisent les juifs et les musulmans (appelés mudejars) à pratiquer leur culte. Mais leur situation se dégrade rapidement. En 1609 les morisques, ces musulmans convertis de force au catholicisme par les Rois catholiques, sont expulsés d’Espagne. La cohabitation entre musulmans, juifs et chrétiens disparut donc d’Al-Andalus dès le XIIème siècle. Elle s’est maintenue pendant des siècles dans l’orient islamique et a également existé en Sicile au temps des rois chrétiens normands.

© Souleymane ALI YÉRO, Erwan BERTHO & Ronan KOSSOU (2019)

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