2de – HISTOIRE – (7) Patrimoine de la chrétienté féodale : la cathédrale de Chartres.

2de – HISTOIRE – (7) Patrimoine de la chrétienté féodale : la cathédrale de Chartres.

Commencée en 1194 après l’incendie de la cathédrale romane, la cathédrale de Chartres est achevée en 1260 et consacrée en présence du roi de France Louis IX (Saint-Louis) : c’est une merveille de l’art gothique classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO (1979). Elle atteste du dynamisme de la chrétienté médiévale. 

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                L’église cathédrale est celle de l’évêque, un prince de l’Église au Moyen-Âge. Seigneur, propriétaire terrien, autorité aussi bien judiciaire que religieuse ou politique, l’évêque est alors une personnalité considérable. Son église doit refléter sa puissance autant que la piété du peuple chrétien. Carrefour commercial régional, étape internationale dans le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, Chartes connaît au XIIe et au XIIIe siècle un rayonnement important. Siège de christianisation ancien (VIe siècle), Chartres dispute à l’évêché de Sens le titre de plus ancienne cathédrale du royaume de France. La cathédrale est construite très rapidement, sous l’égide initiale de l’évêque Renaud de Bar : en 1210 la nef est bâtie, dès 1221 les chanoines (Les prêtres desservant le chapitre cathédral) s’installent, en 1225 le gros-œuvre est terminé, en 1240 commence la pose des vitraux et la consécration officielle a lieu en 1260, soit un demi-siècle après le début du chantier ce qui constitue un record de rapidité. Les travaux ayant commencé dès 1194, l’hypothèse d’un projet de construction antérieur à l’incendie est probable. Aucune rupture de financement n’est venue interrompre les travaux contrairement à bien d‘autres chantiers gothiques. Bâtie sur les hauteurs de l’ancien oppidum gaulois des Carnutes, la cathédrale Notre-Dame de Chartres domine la ville médiévale et le plat pays alentour et reste visible à plus de dix kilomètres de distance.

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                Construite en pierres de Berchères par des confréries de compagnons (Les « poinçons de tâcherons » sur certaines pierres indiquent l’identité) la cathédrale de Chartres offre des dimensions spectaculaires : 115 mètres de haut (clocher gothique), 650 m² pour le chœur (le plus vaste de France), rosace centrale de 13,5 mètres (la plus grande de France). L’art gothique caractérisé par la maîtrise architectural des arcs-brisés, des ogives et des arcs-boutants permet une élévation de la nef (38 mètres sous voûte), un agrandissement des ouvertures et un usage massifs des vitraux et de leur jeu de lumière : la cathédrale de Chartres compte 2 600 m² de vitraux, la plus grande collection au monde de vitraux du XIIe et du XIIIe siècle. Plus de 170 baies de vitraux représentent les scènes de la Bible, la vie des saints et des scènes des corporations (drapiers, charpentiers) : réalisé avec du cobalt, le « bleu de Chartres » appelé aussi le « bleu roman » est célèbre dans le monde entier. Au centre de la cathédrale se trouve un labyrinthe pavé de 13 mètres de diamètre parcouru d’un chemin symbolique de 260 mètres vers un centre, la « Jérusalem céleste » (Le Paradis) et la résurrection. Le labyrinthe a les mêmes dimensions que la rosace centrale qui met en scène le Christ ressuscité en son centre.

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                Célébrée par Joris-Karl HUYSMANS dans son roman La Cathédrale (1898) et par le poète chrétien Charles PÉGUY dans son poème Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres (La tapisserie de Notre-Dame, 1913), la cathédrale de Chartres incarne la vitalité du christianisme médiéval. L’art gothique rayonne en Europe comme en témoigne en 1287 l’arrivée en Suède du tailleur de pierre Étienne de BONNEUIL, détaché du chantier de Notre-Dame de Paris, et qui s’en va achever la construction de la cathédrale d’Uppsala. Il reproduit à Uppsala la grande rosace de la façade de la cathédrale de Paris en l’adaptant aux dimensions de son nouveau chantier. Après 1260-1270, les grands travaux s’essoufflent en France : maçons, tailleurs de pierre et architectes s’en vont aux périphéries de l’Europe en pleine christianisation depuis le début du XIIe siècle (Suède, Bade-Wurtemberg, Sicile). Ils rejoignent des clercs natifs de ces marges de l’Europe mais formés dans les grandes universités européennes, dont celle de Paris fondée en 1215. Cette christianisation prend les allures de croisades (dont en Baltique celle des chevaliers teutoniques) ou de la répression des hérésies (L’Inquisition est fondée en 1233). Églises et rois s’entendent pour mettre au pas une société européenne en plein essor commercial et urbain (Croisade contre les Albigeois du roi de France contre les comtes de Toulouse et les bourgeoisies du Sud de la France en 1208).

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                Chef d’œuvre de l’art gothique, la cathédrale Notre-Dame de Chartres est une illustration de la vitalité spirituelle, culturelle et économique de l’Europe aux XIIe et XIIIe siècle : elle manifeste aussi le pouvoir des institutions cléricales ou laïques sur des sociétés en pleines mutations.

© Erwan BERTHO (2018)

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Articles complémentaires :

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