BIBLIOTHÈQUE VIRTUELLE – FICHES DE LECTURE – Eric HOBSBAWM, “L’ère des Révolutions, (1789-1848)”, 1962,

BIBLIOTHÈQUE VIRTUELLE – FICHES DE LECTURE

Eric HOBSBAWM, L’ère des Révolutions, 1789-1848, 1962,

« Transformer le monde. »

FICHE TECHNIQUE

HOBSBAWM (Eric John Ernest), L’ère des Révolutions, 1789-1848, 1962, réédition en 2011 aux éditions Fayard-Pluriel. Collection « Pluriel », 434 pages, ISBN 978-2818501870

L’AUTEUR

Eric HOBSBAWM (1917-2012) est un historien britannique. Né à Alexandrie (Égypte) de parents juifs, il vit à Vienne après la Première Guerre mondiale (1914-1919) puis à Berlin. En 1933 la famille s’installe en Grande Bretagne pour fuir les persécutions nazies. Étudiant au King’s College de Cambridge. Professeur d’Histoire à l’Université de Londres, membre du Parti Communiste anglais dès 1936 comme beaucoup d’intellectuels anglo-saxons de sa génération. Il se signale par la défense systématique de la politique étrangère de l’URSS, en dépit des multiples invasions de pays « frères » perpétrées par l’URSS (Hongrie, 1956, Tchécoslovaquie, 1968). Il est à l’origine d’un très grand nombre de concepts en Histoire contemporaine : celle notamment de « Long XIXe siècle » (1789-1914) ou celle de « Second vingtième siècle » (1945-1991). Son apport le plus important reste celui de la « double révolution » au tournant du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, politique en France, économique en Grande Bretagne, manifestations selon lui d’un même phénomène : la prise du pouvoir par les bourgeoisies nationales, ces deux révolutions étant la matrice de l’actuel capitalisme libéral.

LE LIVRE

« Ce livre traite de la transformation du monde, entre 1789 et 1848, dans la mesure où elle est issue de ce que l’on appellera ici la ‘double révolution’ : la Révolution française de 1789 et sa contemporaine britannique, la Révolution industrielle » (préface).

« La grande révolution de 1789-1848 a été le triomphe non pas de l’industrie mais de l’industrie capitaliste, non pas de la liberté et de l’égalité mais de la classe moyenne et de la bourgeoisie libérale » (introduction page 10).

« La période historique qui commence avec la construction de la première usine du monde moderne dans le Lancashire et avec la Révolution française de 1789 s’achève avec la construction du premier réseau de chemins de fer et avec la publication du Manifeste Communiste » (introduction pages 11-12).

« Le problème agraire était donc le problème fondamental dans le monde de 1789 et il est aisé de voir pourquoi la première école systématique d’économistes, les physiocrates français, a admis comme une évidence que la terre et le produit de la terre étaient les seules sources de profit. Et le nœud du problème était la relation entre ceux qui cultivaient la terre et ceux qui la possédaient » (pages 24-25).

La Révolution industrielle

Elle débute en Grande-Bretagne au XVIIIème siècle mais il faut attendre les années 1830 pour apercevoir ses premières conséquences tangibles (voir, dans la littérature, la publication de la Comédie Humaine de Balzac). Les premières enquêtes sur les conséquences de la montée du capitalisme industriel datent des années 1840 (la Condition de la classe ouvrière en Angleterre d’Engels). Et enfin, les conséquences dans le domaine idéologique (mouvements ouvriers, communisme).

« A un moment ou un autre de la décennie qui commence en 1780 et pour la première fois dans l’histoire humaine, on débarrassa  de ses chaînes le pouvoir de production des sociétés humaines, le rendant capable désormais d’assurer la multiplication constante, rapide et jusqu’à aujourd’hui, ininterrompue, des hommes, des biens et des services » (page 42).

Les économistes parlent de take off = décollage= autocroissance = une croissance qui trouve en elle-même de quoi poursuivre son mouvement. Hobsbawm parle de « système d’usines mécanisé capable de produire en quantités si vastes et à un prix de revient si rapidement décroissant qu’il ne dépende plus de la demande existante mais crée son propre marché » (page 47).

« Demander quand elle s’est terminée n’aurait pas de sens car son essence c’est justement de faire que le changement révolutionnaire devienne dorénavant la norme » (page 43).

Pour Hobsbawm, la Révolution industrielle est l’évènement le plus important de l’histoire du monde depuis l’apparition de l’agriculture et des villes.

Pourquoi en Grande-Bretagne ?

Il ne faut pas chercher l’explication dans le domaine scientifique ; la Grande-Bretagne était même plutôt en retard.

Le fonctionnement de la fameuse machine à vapeur (J. Watt, 1784) n’est finalement pas très compliqué.

En réalité il faut considérer qu’en Grande-Bretagne, toutes les conditions favorables à l’industrialisation étaient réunies :

– 1649, le Parlement britannique décide d’exécuter le roi Charles Ier (puis expérience républicaine avec Oliver Cromwell et surtout le profit individuel et le développement économique deviennent la priorité du gouvernement).

réorganisation du secteur agricole qui passe aux mains de grands propriétaires qui emploient une masse d’ouvriers agricoles : la productivité augmente, cela permet de dégager de la main d’œuvre et de nourrir une importante population non agricole.

les infrastructures (ports, routes) se modernisent.

Il ne manque alors pas grand-chose aux entrepreneurs anglais : « Premièrement, une industrie qui offrit des bénéfices exceptionnels au manufacturier qui saurait augmenter rapidement le débit de sa production, au besoin par des innovations simples ; deuxièmement, un marché mondial largement monopolisé par une seule nation productrice » (pages 47-48).

« La Grande-Bretagne possédait une industrie admirablement faite pour une révolution industrielle pionnière poursuivie en système capitaliste et une conjoncture économique qui la rendait possible : l’industrie cotonnière et l’expansion coloniale » (page 48).

L’industrie cotonnière anglaise est liée au commerce colonial. Pendant longtemps, les marchands britanniques importaient des tissus précieux d’Inde. Des entreprises anglaises ont commencé à imiter ces tissus ; elles ont inondé le marché britannique mais surtout les marchés d’outre-mer (Amérique, Afrique et Asie). Le coton produit dans les plantations américaines (esclavage) était transformé dans les usines du Lancashire. L’industrie britannique est en position de monopole.

Deux chiffres significatifs : En 1840 200 millions de yards de tissus britanniques sont vendus en Europe, 530 millions sont vendus dans le reste du monde. Pour la première fois, l’Europe exporte plus vers l’Orient qu’elle n’importe.

Inde : au début c’est une zone de production de tissu ; le gouvernement britannique a hâté la désindustrialisation de l’Inde afin de favoriser l’industrie cotonnière anglaise.

Chine : c’est un Etat assez fermé, les marchands européens parviennent à le pénétrer en monopolisant le commerce d’un produit cultivé en Inde et apprécié en Chine, l’opium.

Autour de 1830, près de 1,5 millions de personnes travaillent dans l’industrie cotonnière.

« La quantité de coton brut importé en Angleterre est passé de 11 millions de livres en 1785 à 588 millions de livres en 1850 ; la production de tissu de 40 millions à 2 025 millions de yards. Les articles de coton comptaient pour 40 à 50% de la valeur annuelle déclarée de toutes les exportations anglaises entre 1816 et 1848 » (pages 54 et 55).

Entre 1830 et 1845 : première crise général sérieuse du capitalisme. La croissance s’est tassée du fait :

la succession classique de phases d’expansion et de dépression du fait de la dimension cyclique du capitalisme. Pour beaucoup d’économiste ces cycles étaient normaux pour les socialistes, ils reflétaient les problèmes fondamentaux du capitalisme.

le déclin des taux de profit. Les industriels ont réalisés des bénéfices importants grâce à l’augmentation rapide de la productivité (mécanisation) et au maintien de salaires très faibles. De plus, les investissements nécessaires (construction de la fabrique, des machines, achat de la matière première) n’étaient pas très importants. Mais après 1815, les taux de profit ont décliné. En effet, la production de masse s’accompagna d’une baisse des prix de vente plus importante que la baisse des investissements nécessaires à la production. L’existence de marchés énormes et la possibilité de réduire les salaires (directement ou en remplaçant les ouvriers par des machines) ont permis de limiter le déclin des taux de profit. « L’industrie était ainsi soumise à une pression intense pour mécaniser, rationaliser et développer sa production et ses ventes, façon de compenser par une masse de bénéfices petits à l’unité les diminutions de la marge bénéficiaires » (page 59).

Les conséquences les plus sérieuses du développement de l’industrie cotonnière furent sociales :

misère et mécontentement = soulèvements spontanés des plus pauvres, des artisans et des petits entrepreneurs dépassés par l’industrialisation en 1848 et mouvement chartiste en Angleterre. « L’exploitation d’une classe ouvrière qui continuait à ne recevoir que juste de quoi subsister, permettant ainsi aux riches d’accumuler les profits qui finançaient l’industrie mais aussi leur large confort, éveillait l’antagonisme des prolétaires » (page 55). Ces mécontentement se sont cristallisés dans des mouvements politiques (les républicains français, les radicaux anglais, les démocrates jacksoniens américains).

Au sujet de la métallurgie : ce n’est pas un secteur aussi accessible que le coton ; il faut réaliser des investissements lourds, le marché n’est pas garanti (on vend plus facilement des chemises que des poutres en acier). Seuls des entrepreneurs aventuriers se sont lancés dans ce secteur (les saint-simoniens en France).

Au sujet du charbon : à la fois source d’énergie pour les usines et pour les particuliers. La croissance urbaine a favorisé l’essor de l’extraction de charbon. Cela a encouragé la construction de chemins de fer. « Le chemin de fer est donc un enfant de la mine » (page 62). La première ligne a été inaugurée en 1825 au nord de l’Angleterre. Le chemin de fer a en retour stimulé la production (charbon, acier…).

Quelques chiffres :

– Production de fer en Grande-Bretagne en 1830 = 680 000 tonnes ; en 1850 = 2 250 000 tonnes

– Production de charbon en Grande-Bretagne en 1830 = 15 millions de tonnes ; en 1850 = 50 millions de tonnes

Les bourgeois enrichis par l’industrie cotonnière ont investi massivement dans les chemins de fer après les déceptions liées aux emprunts américains.

« Reconstituer l’élan qui a fait l’industrialisation n’est qu’une partie des tâches de l’historien ; l’autre étant de suivre la mobilisation et la redistribution des ressources économiques, l’adaptation de l’économie et de la société qu’a exigé le maintien de a nouvelle voie révolutionnaire » (page 66).

Au sujet de la main d’œuvre : nécessité d’une révolution agricole pour nourrir une population urbaine en forte croissance (rationalisation, intensification, mécanisation, disparition des communautés paysannes). Les paysans pauvres, d’ici ou d’ailleurs (immigration, voir les Irlandais dans les années 1830 à 1850), fournissent la main d’œuvre nécessaire au fonctionnement des usines. Il faut ensuite former la main d’ouvre (nouvelles tâches, nouveaux rythmes…). Les femmes et les enfants, main d’œuvre plus docile, ont été massivement employés dans les fabriques.

« Et la Grande-Bretagne savait que la Révolution industrielle lancée dans leur pays par des marchands et des entrepreneurs dont la seule règle était d’acheter sur les marchés au plus bas prix pour vendre sans restriction là où les prix étaient les plus hauts, cette révolution était en train de transformer le monde « (page 72).

© Ronan KOSSOU (2017)

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HOBSBAWM L’ere des revolutions (1962)

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