ZOOM SUR … L’Afghanistan, champ clos des rivalités coloniales en Asie centrale : le “Grand jeu”.

L’AFGHANISTAN ET LE GRAND JEU

XIXe siècle – début du XXe siècle

 L’Afghanistan est un pays de hautes montagnes (Jonction entre les dernières terminaisons du Caucase-Elbourz et les premiers contreforts de l’Himalaya avec l’Indu Koush) et de ligne de partage des eaux (certains fleuves vont vers l’Est et la vallée de l’Indus, d’autres vers le Sud et d’autres vers le Nord et la vallée du Ferghana). A ce titre il s’est mécaniquement trouvé à la jonction des grands empires construits dans les vallées des fleuves que ses montagnes irriguaient. En Europe le cas de la Suisse est exactement similaire. Et comme la Suisse l’Afghanistan a été l’objet des convoitises. Et comme la Suisse ce peuple de montagnards a été relativement indépendant assez rapidement.

Comme en Suisse on trouve en Afghanistan trois grands peuplements au-delà de la très grande diversité de détail. Au Sud les Pachtounes (Qui parlent le Pachto), à cheval sur l’Afghanistan et le Pakistan. Au Nord les Tadjiks (Qui parlent une langue apparentée au Persan – on dit qu’ils sont « persanophones ») et des peuples turcs (Turkmènes et Ouzbeks qui parlent le Turc, on dit qu’ils sont « turcophones »). La vie politique afghane est depuis toujours dominée par les Pachtounes, parfois en rivalité ou en collaboration avec les Tadjiks.

L’Afghanistan est longtemps resté un arrière pays de grands empires. Son histoire propre commence avec la rupture du XVIe siècle : l’Iran devient chiite, les Afghans sunnites refusent cette conversion. L’hostilité au chiisme et au monde iranien est un véritable ciment national. Les Pachtounes (35% de la population) incarnent cette résistance à tout élément qui ne professe pas une orthodoxie sunnite ultra rigoriste. En ce sens l’Afghanistan est une terre islamiste. Mais les Pachtounes n’écrivant que très peu leur langue c’est le farçi la langue iranienne qui sert de langue de travail et de communication entre les peuples afghans. Curieuse schizophrénie d’un peuple qui s’identifie en rejet de la culture persane et qui en utilise la langue…

Ainsi derrière la mosaïque de vallées et de « pays », l’Afghanistan reste un pays solidement ancré dans une double tradition sunnite rigoriste et pachtoune.

Mais la vie des Afghans n’est pas portée à la hauteur de la nation : elle s’arrête au village dirigé par un mollah que l’islamisme de la société afghane fait aussi bien juge, imam, leader politique et maître d’école. Les Pachtounes sont en guerre permanente les uns contre les autres, de vallées en vallées, pour des motifs parfois uniquement sportifs.

Au XIXe siècle l’Afghanistan devient le point de rencontre entre deux impérialismes : l’impérialisme russe qui arrive d’Asie centrale après avoir conquis la vallée du Ferghana (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan et Tadjikistan) et l’impérialisme britannique qui remonte la vallée de l’Indus (Pakistan). Le point de rencontre est Kaboul. Une lutte d’influence sévère se livre alors. Ce qui Rudyard Kipling appelle « le Grand Jeu ».

Mais les deux grands empires européens vont être défaits en Afghanistan. Les Anglais sévèrement battus (1839-1842 et 1878) choisissent une ligne de démarcation (la « ligne Durand ») entre l’Afghanistan et le Pakistan (1892). Les tribus pachtounes servant de tampons entre Russes et Anglais.

En 1929 le roi Amanullah qui souhaitait moderniser son pays (à l’imitation de Mustapha Kemal en Turquie et de Reza Shah Pahlavi en Iran) fut renversé par une révolte de mollahs, au nom du principe qu’il était impie d’apprendre à écrire aux filles.

 

Chronologie récapitulative : 

 

XVIe siècle                L’Afghanistan se sépare de l’empire perse.

1839-1842                  Première guerre afghane. 1ère défaite britannique.

1878                           2e guerre afghane. 2e défaite britannique.

1892                           Ligne Durand

1895                           1er roi d’Afghanistan

1907                           Frontières définitives d’Afghanistan.

1929                            Tentatives de réformes modernisatrices. Révoltes populaires et religieuses.

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