COMPOSITION Géographie Première Milieux aménagés, milieux à ménager

COMPOSITION

 Le territoire français : des milieux aménagés, des milieux à ménager ?

À l’aide de l’étude de cas réalisée en classe vous montrerez que le territoire français accueille des milieux aménagés qui sont aussi des milieux à ménager. 

                 Le territoire français est vaste et offre une diversité de milieux : milieux tropicaux des DROM, milieux mélanésiens et antarctiques… Sur le territoire métropolitain même l’étagement en altitude, l’ouverture maritime et ses potentialités touristiques, commerciales ou industrialo-portuaires sont autant de potentialités aménagées depuis des lustres en atouts. Dans une économie mondialisée ses potentialités et ses aménagements sont des avantages comparatifs certains. Mais le siècle du productivisme (1880-1980) marquée par la seconde industrialisation et l’apogée des « Trente glorieuses » (Jean FOURASTIÉ, Les « Trente glorieuses » ou la révolution silencieuse, Fayard, 1979) ont montré les limites de ce modèle de développement. Aujourd’hui nous verrons comment en France les différents acteurs de l’aménagement des territoires essayent de concilier, dans une démarche de développement durable, valorisation et protection pour garder des « milieux ménagés » qu’autant qu’aménagés.

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                 Le parc de la Vanoise offre une illustration assez complète des enjeux et des contraintes qui pèsent sur une politique d’aménagement inscrite dans une démarche de développement durable. Située entre les vallées de la Tarentaise au Nord (Où coule l’Isère de Bourg-Saint-Maurice vers Grenoble) et celle de la Maurienne au Sud (Où coule l’Arc de Modane vers la vallée de l’Isère) la Vanoise est un des grands massifs alpins de la Région de Savoie, avec celui des Bauges et de la Chartreuse qui encadrent entre autres Chambéry. Les altitudes sont élevées pour la France (Culminant à 3600 – 3800 mètres) et le domaine à longtemps été celui de l’activité agropastorale (Culture dans les fonds de vallées, activités forestières sur les versants et élevage sur les alpages). Dans les années 1950 l’activité décline et la montagne perd ses habitants. L’État lance alors (1962, IVe Plan) le « Plan Neige » destiné à redynamiser l’économie montagnarde en y développant le tourisme d’hiver : le ski et ses dérivés. Il prévoit notamment la création de 150,000 lits supplémentaires et la création de station de ski immenses (3e génération) destinées à absorber les flux des classes moyennes qui accèdent aux loisirs grâce aux « Trente glorieuses ». Les conflits entre usagers traditionnels et activités hôtelière et touristique étant bien sûr rapidement âpre l’État y créé le premier parc national, le Parc National de la Vanoise. Le Parc correspond aux ambigüités et aux formidable enjeux de l’équilibre entre valorisation des milieux (ici un milieu montagnard en déprise démographique forte et condamné à brève échéance à voir disparaître sociétés et cultures de la Montagne) et protection des milieux (Car la création de station de ski est évidemment destructeur d’environnement comme l’est la construction des infrastructures, autoroutes et hôtellerie). Quelles sont les missions d’un parc naturel et comment s’insère-t-il dans les sociétés et les économies locales ? Les missions du Parc naturel de la Vanoise ne se limitent pas à la préservation des paysages et à la protection de la biodiversité (végétale et animale ce qu’on appelle les dynamiques des écosystèmes) mais s’étendent aussi à la préservation des activités humaines dites traditionnelles (Artisanat, agriculture, élevage et productions laitière et fromagères) comme le fromage Beaufort dont la zone d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) englobe l’ensemble du parc. Le parc doit donc organiser la vie des différents acteurs économiques et sociaux de la région pour trouver un équilibre entre protection et valorisation. Le « cœur du parc » bénéficie d’une attention particulière des pouvoirs publics et s’intéresse à la protection du milieu. La « zone optimale d’adhésion », dans laquelle les activités économiques nouvelles sont possibles, regroupe 28 communes et devient une portion à part entière du parc. Dans cette « zone optimale d’adhésion » l’orientation majeure reste le tourisme de haute montagne (On y trouve les grandes stations comme Les Arcs, Tignes, Courchevel, Méribel, le Val-Thorens, Les Ménuires…), tourisme hivernal (Ski) et estival (« Tourisme vert » de randonnées pédestres assis sur la préservation des paysages remarquables). Aux anciens conflits d’usage (Artisanat et activités agropastorales contre tourisme de masse) sont venus d’ajouter de nouvelles rivalités : les éleveurs s’opposent aux pouvoirs publics lors des tentatives de réintroduction du loup, jugé dangereux pour le bétail, les touristes s’insurgent contre la modernisation des pistes pastorales lorsque les éleveurs veulent rendre carrossables les pistes afin d’y faire circuler des stations de traite mobile (car cela entraîne des désagrément sonores, olfactifs et visuels) mais veulent le maintien d’une activité laitière si « typique », les usagers traditionnels se plaignent de la sur-fréquentation touristique estivale alors même que les touristes d’été constituent une clientèle (Vente de fromages aux citadins). Les conflits d’usage ont comme caractéristiques de mettre en valeur les contradictions de chacun des acteurs de la valorisation et de la protection du milieu comme de la difficulté à trouver un juste équilibre entre les deux logiques et les différents acteurs qu’elles engagent. On assiste cependant à un étonnant renversement des représentations. Hier les touristes citadins étaient des véhicules de modernité et ont entraîné la naissance d’une véritable industrie du loisir hivernal en haute montagne. Les locaux ruraux étaient alors jugés archaïques et pour tout dire dépassés. Aujourd’hui c’est exactement l’inverse : les ruraux en quête de modernité technique pour faire vivre leurs exploitations sont en butte aux citadins en quête d’authenticité paysanne. C’est dire si l’aménagement du territoire, au-delà des additions et soustractions abstraites de potentialités et de contraintes, est aussi affaire de représentations sociales. Les contraintes liées au développement durable s’ajoutent : la gestion des déchets (Ceux des touristes mais surtout ceux des industries et des exploitations laitières) devient un axe fort de la nouvelle Charte du Parc national de la Vanoise. C’est ce qu’on appelle « l’écocitoyenneté » qui s’expérimente auprès des usagers du Parc.

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                 Au-delà du Parc naturel de la Vanoise c’est l’ensemble du territoire français qui est pris dans ces deux logiques peu conciliables que sont la valorisation des milieux et leur protection. Le climat tempéré de la France (45e parallèle Nord) du à sa grande ouverture maritime permet de grandes nuances de milieux. Un trait domine : le potentiel hydrique important. Cela explique la grande variété des paysages végétaux. Quelques grands milieux se dégagent : littoraux métropolitains (5,500 km de côtes) qui connaissent peu ou prou les mêmes dilemmes que les régions de haute montagne en termes de valorisation et de protection des milieux, les grandes plaines sédimentaires qui accueillent une agriculture fortement intégrée aux Industries Agroalimentaires (IAA), les milieux plus fragiles (Zones humides, marais, pentes des montagnes) sans oublier les région ultrapériphériques (et leur Zone Economique Exclusive ZEE) des Caraïbes (Guyane, petites Antilles aux potentialités touristiques ou minières fortes) ou de l’Antarctique (TAAF, riches en zones de pêches mais marquées par les influences polaires) et d’Océanie (Nouvelle Calédonie et son Nickel). Mais il n’existe pas de potentialités « pures » d’un milieu : ce sont les sociétés qui déterminent comment une potentialité devient une ressource. Ainsi aux XVIII et XIXe siècles mer et montagne, domaine de la nature violente et des peuples arriérés, étaient des milieux répulsifs. Jusqu’aux années 1950 le soleil n’est pas considéré comme une ressource pas plus que la desserte automobile n’entre en ligne de compte pour déterminer si un espace est attractif ou non. Une potentialité n’est donc pas une donnée brute des milieux mais un compromis dialectique (Relation à double sens) entre les milieux et les représentations que s’en font les sociétés. Les milieux riches (en eau, en climats cléments et variés, en sols fertiles, en ouverture maritime vaste) permettent à la France qui les met intensément en valeur d’accumuler des avantages comparatifs certains : destination touristique mondiale, flotte de pêche et location des ZEE, développement ancien d’une filière agroindustrielle du bois, puissance agricole qui se manifeste par son statut de deuxième puissance agricole mondiale derrière les États-Unis. Les vallées fluviales servent encore d’axes structurants du territoire et les plaines ouvrent largement la France aux autres régions d’Europe. Mais les milieux ont aussi de fortes contraintes : inondations des rives des vallées fluviales et les catastrophes humaines qui s’ensuivent en cas de construction en zone inondable (Tempête Xynthia) glissements de terrains dans le sud méditerranéen (Var, 2010) et les îles tropicales, épisodes de froids intenses, de neige et de chaleur (Canicule, 2003). Dans les petites Antilles le risque cyclonique, sismique et les glissements de terrains sont particulièrement graves et régulièrement répétés. Après 50 ans d’une valorisation systématique et jusqu’au-boutiste, les milieux sont arrivés à l’extrême limite de leurs possibilités : nappes phréatiques vidées (par l’irrigation excessive) ou polluée (Par les rejets agricoles, comme les nitrates, ou industriels), terres stérilisées par les engrais qui devaient les fertiliser, atmosphère des grandes agglomérations polluée par les rejets des véhicules. Depuis les années 2000 alors que l’impératif écologique est devenu aussi un élément électoral la France s’est doté d’un nouvel arsenal juridique pour ménager les milieux : à la directive Oiseaux de 1979 et à la loi de 1986 sur la préservation du littoral (Le Conservatoire du littoral est propriétaire de 1,200 de côtes) sont venus s’ajouter la directive « Natura 2000 » (protection de la faune et de la flore), le « Plan Climat 2012 » (Mis en place en 2004 pour intégrer les exigences de Kyoto 1992) ou la « Loi sur l’eau et les milieux aquatiques » (2006). Les « Plans de prévention des risques naturels » (1995) devraient en outre protéger les 12,000 communes soumises à un aléa identifié. Quelques avancées sont réelles : principes du pollueur-payeur, principes de précaution, médiatisation des impératifs écologiques, éducation civique au développement durable. Mais ces avancées sont lentes (par définition) et toujours menacées par l’impératif économique (Par paresse).

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                 La France met activement en valeur ses milieux diversifiés et riches d’atouts. Mais la surexploitation généralisée a imposé ces dernières années une protection accrue des milieux. Cependant, dans un contexte de crise économique mondialisée, l’impératif économique prime encore sur l’urgence d’une gestion apaisée et précautionneuse des milieux, c’est-à-dire de la nature et des sociétés qu’elle accueille.

© Erwan BERTHO (2014, révision 2017)

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