PRÉPA BAC – HORIZON ÉTUDES SUPÉRIEURES – Sujets corrigés, Analyse critique de documents de Géographie “L’Afrique: les défis du développement, Polynésie 2014.”

PRÉPA BAC – HORIZON ÉTUDES SUPÉRIEURES

DEUXIÈME PARTIE – GÉOGRAPHIE

Étude critique de documents

Sujet – L’Afrique, les défis du développement. 

Consignes : vous confronterez les représentations que les deux documents donnent du développement du continent africain et de son insertion dans la mondialisation.

                                Sacrée terre du XXIe siècle par Jean-Joseph BOILLOT dans Chindiafrique. La Chine, l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain (2013), ou au contraire terre des défis insurmontés (Mais pas insurmontables) par Sylvie BRUNEL (2012) dans L’Afrique est-elle si bien partie ?, présentée comme le continent des dangers dans Africanistan. L’Afrique en crise vat-elle se retrouver dans nos banlieues (2015) de l’ancien directeur de l’Agence Française de Développement (AFD), Serge MICHAILOF, le continent africain renvoie des images fortement contrastées aux experts qui ne savent plus s’il est le vortex économique du futur ou le cœur effondré de la géopolitique mondiale. 

                Le corpus documentaire composé de la couverture du magazine grand public de photographies de Géographies, Géo, (Septembre 2012, n°403) et d’un extrait d’un entretien de Sylvie BRUNEL paru dans le quotidien d’information économique Les Échos (3 octobre 2012, n°21283) rend compte de la grande diversité des représentations. Les deux documents mettent en avant d’une part les indéniables réussites économiques et sociales en Afrique (Développement d’un tourisme de luxe à haute valeur ajoutée, développement économique et émergence de secteurs industriels de haute technologie) face à une insécurité politique, alimentaire et des fragilités économiques persistantes. Un continent présenté comme dynamique mais trop inégalement développé, terre de contrastes sociaux et spatiaux en somme.

                Au-delà des représentations contrastées, quelles réalités sociales, économiques et politiques révèlent ces deux documents au regard distancié et nuancé sur le développement et l’insertion dans la mondialisation de l’Afrique ?

                L’Afrique est insérée dans la mondialisation, mais très inégalement et pour des profits captés par une fraction minoritaire et élitiste de la population (I.), ce qui génère (II.) de fortes inégalités de développement et est source de tensions politiques et sociales de plus en plus fortes.

*         *         *

                               L’Afrique est insérée dans la mondialisation (1), les deux documents ne le contestent pas. Mais cette insertion inégale ne produit qu’une valeur ajoutée restreinte et captée par une fraction minoritaire de la population, alliance prévaricatrice de bourgeoisie urbaine administrative et commerciale (2).

                L’Afrique est insérée dans la mondialisation. Si l’on confond développement et mondialisation, sous entendant qu’une forte insertion dans la mondialisation génère automatiquement du développement, on peut légitimement douter de cette affirmation. Mais l’insertion dans la mondialisation ne génère pas systématiquement du développement. Les cas des Nouveaux Pays Industrialisés d’Asie de 2ème génération (NPIA-2) comme la Thaïlande, ou les NPI d’Amérique du Sud (Comme l’Argentine) sont là pour le rappeler. L’Afrique est ouverte aux investisseurs étrangers, de plus en plus chinois, et fournit les matières premières des industries stratégiques (Uranium du Niger par exemple qui réalise 8% de l’extraction mondiale), les produits agricoles (Thé du Kenya, roses d’Éthiopie, café et cacao de Côte d’Ivoire, coton d’Égypte et du Mali), les énergies fossiles (Pétrole et gaz naturel d’Algérie, de Lybie ou d’Angola, du Nigeria), les matières premières de la téléphonie et de l’informatique (Cuivre de Zambie, le « trioboium », coltan et ses dérivés, de la République Démocratique du Congo (RDC). Sans parler des diamants (Afrique du Sud, du Botswana qui réalise près de 20% de la production mondiale, ou de RDC) ou de l’or (Afrique du Sud avec 20% de la production mondiale, ou du Burkina Faso). Les exportations de l’Afrique représentaient 200 milliards de dollars en 2000, mais près de 700 en 2012, soit 3.5 fois plus. L’Afrique produit plus, elle attire plus d’investisseurs également : cet « eldorado » (pour reprendre l’expression du magazine Géo) a attiré 60 milliards de dollars en 2012, soit 6 fois plus qu’en 2000, et le montant des Investissements Directs Étrangers (IDE) dépasse maintenant le montant de l’Aide Publique au Développement (APD) fournis par les États et les Organisations Intergouvernementales (OIG) comme l’Organisation des Nations Unies (ONU) ou le groupe Banque Mondiale (World Bank Group, WBG). La Chine devient le partenaire obligé des grands projets d’infrastructure : 750 000 Chinois résident en Afrique, 100 000 y travaillent, essentiellement dans le domaine des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) où ils mettent en œuvre la diplomatie chinoise des cadeaux en infrastructures (Siège de l’Union Africaine, UA, à Addis Abeba en Éthiopie) ou de l’économie du troc infrastructures contre matières premières (Au Niger, construction du « Pont de l’amitié » à Niamey en échange des concessions pétrolières). On parle de « Chinafrique ». L’Afrique est devenue un marché. Sylvie BRUNEL donne l’exemple « […] plus de 500 millions de téléphones portables en circulation […] » (Ligne 5), soit un téléphone portable pour deux habitants, et rappelle qu’« […] une classe moyenne équivalente à celle de l’Inde (300 millions de personnes)[…] » (Lignes 4 et 5) devient un nouveau bassin mondial de consommation. Les migrations intracontinentales (80% des migrations africaines) témoignent de ce dynamisme africain. Les intellectuels africains sont de plus en plus présents sur la scène intellectuelle mondiale, à l’instar de Chimamanda NGOZI ADICHIE, romancière de talent, dont les propos féministes fournissent la matière de clips musicaux de stars du show business étatsunien, de Nadine GORDIMER prix Nobel de Littérature…

                Cependant, cette forte insertion de l’Afrique dans la mondialisation libérale et culturelle ne profite pas également à tous les Africains. D’abord parce que cette insertion produit peu de richesses et ne représente qu’une part infime de l’activité économique mondiale. L’Afrique représentait 7,5% des exportations mondiales en 1948, mais seulement 3,5% en 2012, elle n’attire que 4% des IDE mondiaux. Sa place dans la mondialisation reste marginale. Ce qui ne veut bien sûr pas dire que le poids de la mondialisation en Afrique est marginal. Sylvie BRUNEL distingue deux Afriques : « […] Les Africains « du dedans », principalement citadins, branchés sur l’économie mondiale, vivent sur une autre planète que ces Africains « du dehors » que sont les ruraux. […] » (Lignes 11 à 13). Ce sont ces « Africains du dedans » qui sont « […] L’Afrique qui gagne […] » (Ligne 1) dont elle parle en entrée d’extrait. L’enthousiasme des cabinets d’audit a été revu à la baisse : si la Banque Africaine de Développement (BAD) et le Fonds Monétaire International (FMI) considèrent que l’on appartient à la classe moyenne quand on sort de la survie (Plus de 2$/jour/hab.), soit effectivement 300 millions d’Africains (près d’un tiers de la population), Deloitte considère que la classe moyenne africaine se situe entre 20 et 50$ de dollars de dépense / jour, soit moins de 15% de la population. La classe moyenne reste donc une minorité, urbaine, de pays avec des littoraux attractifs. La couverture de Géo met en avant le secteur du tourisme (« Namibie : en harmonie avec la faune sauvage. ») rappelant par là que l’économie en Afrique reste une économie de main d ‘œuvre (tourisme, agriculture, extraction minière…) à la Valeur Ajoutée (VA) très faible. Les taux de croissance (7% à 8% / an pour le continent) déflatés de la croissance démographique (3%) et de l’inflation (1.5%) restent constamment en dessous du taux de croissance du PIB mondial (5%), loin des performances nécessaires au take-off des partisans de Rostow. La création de richesses est donc mince. Mais richesse est aussi captée par une élite restreinte, sans foi ni loi, ni aucun patriotisme économique. Le panafricanisme reste du domaine du discours, comme le retrait brutal des troupes sud-africaines de République Centrafricaine (RCA) lors de la guerre civile. Les États qui sont de quasi propriétés familiales (Gabon, Togo, RDC, Guinée Équatoriale…) n’ont pas disparu. La bourgeoisie administrative alliée souvent par les liens matrimoniaux à la bourgeoisie d’affaire se réserve une part excessive de la rente. Les signes extérieurs de richesses sont devenus difficilement supportables dans des villes sans eau potable, sans électricité, sans services publics dans les quartiers populaires ou pauvres.

*

                               L’Afrique est un continent en développement : les performances de ces dernières années sont réelles (1). Mais ce développement est très inégal car l’Afrique reste le continent des inégalités et cela nourrit le ressentiment des oubliés et des marginalisés (2).

                L’Afrique est un continent en développement et depuis le début du XXIe siècle les performances économiques se sont singulièrement améliorées, en conséquence le regard que le grand public et les experts portent sur lui aussi. C’est Géo (septembre 2012) qui publie un numéro spécial consacré au continent africain et qui titre en couverture « Le réveil d’un continent ». C’est cet engouement des médias pour les opportunités offertes par l’Afrique que Sylvie BRUNEL remarque « […] L’Afrique est devenue dans les médias le continent qui gagne. […] » (Ligne 1), soulignant bien par ailleurs que cette bienveillance sans nuance, incarnée par le visage de femme en insertion dans la carte évidée du continent africain sur la couverture de Géo, est liée aux récentes performances économiques. Elle écrit dans Les Échos (3 octobre 2012) que « […] Un taux de croissance et des investissements étrangers directs […] rappellent ceux de la Chine au début des années 2000 […] » (Lignes 1 à 3). Et dans une logique de mondialisation, non seulement les performances économiques en terme de croissance sont bonnes (L’allusion à la Chine passée entre 1979 et 2009 du statut de pays du Tiers-Monde à grande puissance géopolitique mondiale est frappant), mais l’Afrique est devenue un marché, ce qui paraissait inconcevable lors de la « décennie du Chaos » (Fin des années 1970’ – Début des années quatre-vingt dix). Sylvie BRUNEL le note « […] Les attributs de l’émergence semblent enfin réunis […] » (Lignes 5 et 6). Les exemples donnés par le magazine Géo sont révélateurs du caractère surprenant que revêt la croissance africaine pour les observateurs et le public européen : « […] Angola : un eldorado pour les investisseurs […] » et « […] Kenya : la High-tech made in Africa […] », deux exemples qui prennent le contre-pied de l’image que l’on se faisait en Europe d’un continent ployant irrémédiablement sous le poids de la dette, de l’hypothèque démographique et de l’insécurité politique et juridique. Si la prudence de Sylvie BRUNEL (« […] l’engouement qu’elle suscite aujourd’hui paraît aussi aveugle que l’était le catastrophisme d’hier […] », lignes 7 et 8) est salutaire, les performances sont réelles, et pas seulement dans le domaine économique : raréfaction des dictatures (Afrique du Sud avec les élections successives de Nelson MANDELA, Thabo Mbeki et Jacob ZUMA, Sénégal avec les élections successives de Abdoulaye WADE puis de Macky SALL), émergence de capitales d’envergure continentale (Johannesburg en Afrique du Sud, Casablanca au Maroc, Luanda en Angola), amélioration de la condition féminine et arrivée au pouvoir de dirigeantes (SAMA-PANZA en République Centrafricaine, RCA, Johnson SIRLEAF en Sierra Leone…), sortie du Cap Vert et du Botswana du groupe des Pays les Moins Avancés (PMA).

                Pourtant, derrière ces performances globales et ces signes avant-coureurs positifs, se révèlent des « […] lignes de faiblesse[…] » (Ligne 8) pour reprendre l’expression de Sylvie BRUNEL. Le développement qu’il soit humain ou plus spécifiquement économique reste très inégalement distribué. « […] L’ampleur des inégalités internes crée des tensions sociales d’autant plus fortes que les réseaux de communication et d’information mettent directement en contact des univers autrefois cloisonnés […] » (Lignes 9 à 11). Les inégalités se mesurent d’abord à l’échelle continentale : si les Indices de Développement Humain (IDH) sont supérieurs à la moyenne mondiale (0,750) en Afrique australe et en Afrique du Nord, ils ne dépassent pas le seuil des IDH dits « moyens » par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) soit 0,769. Il n’y a aucun IDH élevé en Afrique. Les pays subsahariens sont tous en dessous de l’IDH 0,580. La majorité des PMA sont africains : essentiellement des pays sahariens ou de la zone équatoriale. Dans l’Afrique orientale, saharienne et équatoriale les Produits Intérieurs Bruts par habitant en Parité de Pouvoir d’Achat (PIB/hab./PPA/$/an) sont inférieurs à 2500 dollars, les seuls à dépasser le seuil des 7000$ sont des pays pétroliers (Lybie, Guinée équatoriale) très peu peuplés. Car même les pays pétroliers (Nigeria, Angola) ont des PIB/hab. faibles (moins de 5000$, voire pour le Nigeria moins de 2500$). Le Maroc et l’Afrique du Sud restent les deux seuls pays émergents d’Afrique, soit 2 sur 54 États… À l’échelle régionale, la région des Grands Lacs (Ouganda, Rwanda, Burundi, Malawi) reste la « poudrière magnifique » dont parle le magazine Géo. Aux échelles nationales, Sylvie BRUNEL souligne « […] L’Afrique […] reste un continent riche peuplé de pauvres[…] » (Ligne 18), des pauvres essentiellement ruraux (« […] Dans les campagnes, l’insécurité alimentaire précarise des millions de personnes […] », lignes 15 et 16). Et à l’échelle locale, dans les villes, les mêmes écarts se notent : « […] Dans les villes, des cohortes de jeunes – deux tiers de la population a moins de 25 ans – rongent leur frein et leur rancœur, prompts à enfourcher toutes les révoltes.[…] » (Lignes 14 et 15). En ce sens, « […] la croissance africaine n’est pas durable […] (Ligne 9). La couverture de Géo qui présente un visage de femme cache aussi le fait qu’elles sont les grandes oubliées du développement : mortalité lors des accouchements, accès au soin rendu plus rare du fait de considérations traditionnelles, charge de travail supérieure pour un accès à la propriété ou aux revenus monétaires plus difficile. En Afrique les femmes travaillent la terre 1h30 de plus que les hommes, réalisent 86% de la production vivrière mais ne sont propriétaires que de 15% des terres.

*         *         *

                               L’incapacité des experts à établir une image nette de la situation sociopolitique de l’Afrique vient de fait qu’elle reste encore le continent des excès : excès de dynamisme et de croissance confrontée à des excès d’injustice et de tensions, parfois aux mêmes échelles. Deux Afrique coexistent en permanence et ce à toutes les échelles : une très riche bourgeoisie urbaine côtoie des populations vivant sous le seuil de pauvreté, dans des pays où les villes sont de plus en plus ouvertes et connectées alors que les campagnes restent la proie des violences et de l’insécurité alimentaire, dans un continent où le Maghreb s’arrime à l’Europe, l’Afrique australe à l’Asie tandis que l’Afrique subsaharienne enclavée s’enfonce dans un pourrissement sécuritaire latent.

© Erwan BERTHO (Mai – Juin 2016, révision 2017, révision juin 2019)

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