PRÉPA BAC – HORIZON ÉTUDES SUPÉRIEURES – Sujets corrigés – Nouvelle Calédonie 2015, “La Chine et le monde depuis 1949.”

PRÉPA BAC – HORIZON ÉTUDES SUPÉRIEURES

Sujets corrigés

Nouvelle Calédonie 2015

DEUXIÈME PARTIE Étude critique d’un document d’histoire

Sujet – La Chine et le monde depuis 1949

Consigne : montrez que ces deux documents sont révélateurs de l’idée que se fait la Chine de sa place dans le monde des années 1950 aux années 1970.

                 La Chine est aujourd’hui une puissance économique (C’est le deuxième Produit Intérieur Brut, PIB, de la planète), politique (Ses vœux sur les questions internationales comme la crise en Syrie sont entendus) que militaire (Comme en témoignent ses interventions militaires provocantes en Mer de Chine méridionale par exemple.). C’est une situation récente. Jusqu’au déclenchement de la crise des dettes souveraines (2009), la Chine était restée une puissance discrète. Pour autant, elle n’a jamais cessé, depuis la fondation de la République Populaire de Chine (RPC, 1949), d’avoir une diplomatie active, à vision mondiale. Les deux documents du corpus, l’« Affiche chinoise de Li Binghong (vers 1950) » et l’extrait du « discours de DENG Xiaoping devant l’Assemblée générale de l’ONU le 10 avril 1974 », permettent de comprendre les grandes lignes de la diplomatie chinoise et de son rapport au monde.

Les deux documents sont issus de deux contextes radicalement différents bien qu’élaborés durant la « Guerre froide » (1947-1991). L’Affiche de Li Binghong (Sans date mais située dans les années 1950, du temps de l’amitié russo-chinoise) qui proclame « L’alliance sino-soviétique pour l’amitié et l’aide mutuelle promeut une paix durable dans le monde. » suit de peu la victoire du Parti Communiste Chinois (PCC) sur les forces nationalistes du Guomindang (KMT) de TCHANG Kaï Tchek (1949). MAO Zedong, au pouvoir, met en place en Chine une organisation politique et économique copiée sur le modèle de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Financé par STALINE, qui dirige l’URSS, il a engagé la RPC dans la « Guerre de Corée » (1950-1953) contre les États-Unis et leurs alliés. Un quart de siècle plus tard, le retournement de situation est complet : DENG Xiaoping, leader des « pragmatiques » du PCC et partisan d’une politique économique d’ouverture modérée au capitalisme vient de revenir au pouvoir après avoir été une des victimes de la « Révolution culturelle » (1966-1976). DENG est alors vice-premier ministre, et chef de la délégation chinoise à l’ONU. Sa position est encore très fragile d’autant plus que le pouvoir réel est encore aux mains de l’épouse d’un Mao vieillissant, JIANG Qing, qui le hait comme elle hait le Premier Ministre, ZHOU Enlai. Ce dernier qui fut l’artisan de la diplomatie chinoise pendant un quart de siècle protège, mais difficilement, les « pragmatiques ».  Ces deux documents, officiels, sont donc des illustrations de l’image que le pouvoir chinois veut montrer de lui et de sa place dans le monde.

Dans quelles mesures peut-on affirmer qu’entre la prise du pouvoir par MAO en 1949 et l’émergence d’une nouvelle génération de modérés et de pragmatiques, la diplomatie chinoise a changé de grille de lecture du monde ?

Dans un premier moment, les continuités (I.) entre les périodes sont fortes : la Chine est un pays socialiste (1) soucieux d’assurer le « […] développement de son économie nationale […] » (Document 2, ligne 14) (2). Les ruptures affichées (II.) sont cependant nettes : par exemple la rupture de l’alliance avec l’URSS (1), une politique tiers-mondiste (2) officialisée dans les années soixante-dix mais pratiquée dans les faits depuis les années 1960.

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                                La Chine maoïste (1949-1976) semble avoir maintenu un même cap diplomatique et apparaît comme un des nombreux mais quelconques satellites de l’URSS durant la « Guerre froide ». En effet, même si cette impression est simpliste, les continuités sont fortes sur le quart de siècle qui sépare les deux documents officiels du corpus. La Chine est d’abord un des piliers du bloc socialiste (1) et oriente ses efforts vers le développement de son économie (2).

La Chine est un pays socialiste et s’engage dans un premier temps aux côtés de l’URSS, au moins jusqu’à la « déstalinisation » (1956). L’affiche de Li Binghong représente cet alignement politique de la RPC sur l’URSS par l’alignement physique des deux dirigeants, STALINE à gauche, dans sa veste paysanne blanche, et MAO à sa droite dans le « costume MAO », vêtement de coton grossier mais confortable censé convenir à tous les travailleurs, intellectuels ou physiques, et qui abolit les distinctions de classe sociale. Le rôle dirigeant de l’URSS est marqué par la main tendu vers l’horizon de STALINE tandis qu’en arrière plan d’un paysage idéal typique de Russie (Costume traditionnel des danseuses, clochers orthodoxes, murs crénelés, peut-être une représentation schématique du Kremlin, le centre du pouvoir soviétique) on distingue une ville moderne et industrielle (Silhouettes d’immeubles, de cheminées d’usine…). L’URSS est bien présentée comme le pays leader, et MAO, qui semble consulter un plan d’action, avec seulement en arrière plan le décor de la Cité interdite, place Tienanmen à Pékin, apparaît comme l’élève autant que l’allié. Nul horizon industriel pour la Chine sinon une foule de danseuses et de jeunes révolutionnaires enthousiastes. Le futur chinois n’est pas écrit mais il suivra les traces de l’URSS. Le parallèle dans la construction de l’Affiche entre à gauche l’URSS et à droite la RPC ne laisse pas de place au doute dans l’analyse : l’URSS sert de modèle pour la RPC. De fait, MAO ne s’est jamais caché de son admiration pour le modèle politique (Culte de la personnalité, régime totalitaire, appareil de sécurité puissant) mis en place par STALINE, et pour le modèle économique (industrialisation, planification, collectivisation). « […] La Chine est un pays socialiste […] » (Ligne 10) proclame encore vingt ans plus tard DENG Xiaoping devant l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1974, même s’il ajoute malicieusement « […] et un pays en développement […] ». Elle n’a pas ménagé son soutien aux pays communistes : elle accueille le Vietminh pendant la « Guerre d’Indochine » (1946-1954), elle s’engage militairement en Corée du Nord pendant la « Guerre de Corée » (1950-1953), puis elle soutien les luttes de libérations nationales en Asie (Laos) et même en Afrique (Algérie, Tanzanie). Les étoiles sur les drapeaux soviétique et chinois, la faucille sur le drapeau de l’URSS, rappellent l’adhésion à communisme révolutionnaire et prolétarien de ces deux États.

Mais la priorité des dirigeants chinois reste le développement économique. Les efforts faits en Chine ont porté leurs fruits : en 1976 le taux d’alphabétisation est passé de 15% à 80%, l’espérance de vie a doublé atteignant 65 ans au milieu des années soixante-dix. La mortalité infantile dans les villes a baissé, se plaçant au niveau des grandes métropoles occidentales. L’inflation (Les prix ont été multipliés par 85 000 entre 1948 et 1949) est ramenée à moins de 20% en 1950. Mao a copié le modèle de développement soviétique, favorisant le développement des industries lourdes (sidérurgie) en accentuant la collectivisation. MAO met en place le « Grand bond en avant » (1958-1960) qui impose aux communes rurales de produire de l’acier dans des fourneaux improvisés. Si le Grand bond fut un échec dramatique sur le court terme, il a permis de poser les bases d’une industrialisation que les « Pragmatiques » comme DENG utiliseront pour assurer l’ouverture économiques de la RPC à partir de 1979. La paysannerie a bénéficié de la redistribution des terres des grands propriétaires terriens et des monastères opérées par le régime dès 1949 : en 1953, près de 70 millions de paysans chinois ont reçu 47 millions d’hectares de terres. En 1955, les niveaux industrielles et agricoles d’avant la Seconde Guerre mondiale (Qui commence en 1937 en Chine et se prolonge avec la guerre civile jusqu’en 1949, soit 12 ans de guerre…). Le modèle socialiste de développement économique fait la part belle à l’éducation, à la culture où les théâtres révolutionnaires concourent à la mobilisation des masses, mais aussi aux universités qui doivent former les cadres de la Chine révolutionnaire. Cette politique a eut un coût. La politique d’industrialisation accélérée que fut le « Grand bond en avant » (1958-1960) censée permettre de « rattraper le niveau industriel de l’Angleterre en 15 ans » (MAO) a entrainé des famines terribles causant la mort de près de 30 millions de paysans, comme les famines en Ukraine (1931-1933) avaient causé la mort de près de 6 millions de Soviétiques. Les campagnes de purges des opposants sont nombreuses et précoces (« Campagnes des Cent fleurs » en 1957), car, au sein de l’appareil politique, l’opposition entre les idéologues et les pragmatiques (Comme ZHOU ou DENG) est très vive. La « Révolution culturelle prolétarienne » (1966-1976) impulsée par JIANG Qing pour se débarrasser des pragmatiques, fait 30 millions d’autres morts.

*

                                Sur un quart de siècle qui va du traité d’amitié sino-soviétique (1950-1957) au discours de DENG devant l’ONU (1974), la RPC a su cependant affirmer de très nombreuses spécificités et marquer des ruptures nettes notamment avec le « Grand frère » russe (1), mais aussi en menant une politique étrangère originale (2) et tournée vers le « Tiers Monde » (Expression d’Alfred SAUVY, L’Observateur, 1952).

Lors du XXe Congrès du PCUS (1956), Nikita KHROUCHTCHEV dénonce les crimes du stalinisme : la politique de répression, les purges, le culte de la personnalité. C’est la « déstalinisation ». Les relations tendues entre la Chine et l’URSS se détériorent rapidement (1961). Fin des années soixante, la rupture est consommée (1969, guerre frontalière sur l’Oussouri). La Chine, pays socialiste, devient un rival de l’URSS, en Asie particulièrement. DENG Xiaoping dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies (1974) expose la doctrine chinoise en matière de relations internationales : pour le PCC il existe bien trois mondes (« […] trois mondes qui sont à la fois mutuellement liés et contradictoires entre eux […] », lignes 2 & 3), mais la répartition que font les dirigeants chinois n’est pas celle que SAUVY avait proposée 22 ans auparavant. Pour les responsables chinois, le 1er monde est constitué des superpuissances (, « […] Les États-Unis et l’Union Soviétique forment le premier monde […] », ligne 3), le 2ème monde est constitué de leurs alliés respectifs (« […] Les pays développés se trouvant entre eux, [forment] le second monde […] », ligne 5), et le 3ème monde des pays en développement, ce qui permet à DENG d’affirmer « […] La Chine est un pays socialiste et en même temps un pays en voie de développement […] » (Ligne 10). Ainsi, l’orientation économique des pays en développement ne leur interdit pas d’appartenir au vaste 3e monde puisque celui-ci n’opère pas de distinguo idéologique entre modèle de développement. L’idée originelle d’un « non-alignement » n’a plus de sens puisque le développement lui-même est une situation de non-alignement. Les propos tenus par DENG lors de ce discours sont beaucoup plus durs que ceux que l’extrait propose : il qualifie notamment les États-Unis et l’URSS de « […] plus grands exploiteurs et oppresseurs internationaux de notre époque […] » (DENG, ONU, 1974). L’URSS est accusée : « […] la puissance qui arbore l’emblème du socialisme se montre particulièrement perfide […] » (Idem). Les propos de DENG permettent, en relativisant les clivages idéologiques au profit d’une lecture impériale du monde (« […] La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à en être une […] », lignes 15 et 16), de mieux faire passer le rapprochement de la Chine avec les États-Unis. En effet si les deux superpuissances (URSS et États-Unis) ne sont pas dissemblables, il n’est pas plus honteux pour la Chine de se rapprocher des États-Unis qu’elle n’avait été proche auparavant de l’URSS. Or, en 1972, Richard NIXON s’était rendu à Pékin rencontrer MAO afin de négocier avec lui une sortie de crise au Vietnam (Accords de Paris, 1973) en contrepartie de l’entrée de la RPCC à l’ONU (1971) où elle allait occuper le poste de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (en lieu et place de la Chine nationaliste de Taïwan qui perdit son siège à l’ONU).

Cette tripartition du monde permet aussi à la Chine de se poser en héraut des peuples politiquement ou économiquement dépendants. DENG déclare « […] La Chine appartient au Tiers-Monde […] » (Lignes 9 & 10). À ce titre elle combat « […] le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonie […] » (Lignes 14 & 15). Il y a dans le discours de DENG une forme de passage obligé : la Chine a rompu avec l’URSS et doit trouver sa spécificité diplomatique au sein du bloc socialiste. Mais DENG se fait aussi le rapporteur de la politique étrangère bâtie patiemment par ZHOU Enlai. Depuis la Conférence de Bandoeng (1955, Indonésie) qui voit naître le « non-alignement » (Sous l’influence conjointe de NEHRU, NASSER et TITO), la Chine soutient les luttes de libération (« […] Le gouvernement et le peuple chinois […] appuient […] la lutte menée par les nations et les peuples opprimés […] », lignes 11 à 13). On pourrait voir quelque ironie venant de la part d’un gouvernement qui, à peine installé (1949), s’est précipité d’envahir le Tibet et la Mongolie méridionale pour les satelliser (1950). Mais la RPC s’est effectivement engagée aux côtés des peuples en guerre contre les métropoles coloniales. C’est le cas dans l’Afrique australe, en Tanzanie par exemple où ZHOU Enlai se rend pour rencontrer Julius NYERERE (1965) qui y installe un « socialisme africain ». La Chine soutient également les leaders des guérillas de libération du Mozambique (Front de Libération du Mozambique, FRELIMO) et de Rhodésie (ZANU-PF de Robert MUGABE), cette dernière étant libérée de l’apartheid en 1980. Une université à Pékin accueille les étudiants africains pour former les futurs cadres des gouvernements indépendants. En Europe, elle soutient, contre Moscou, la petite Albanie du dictateur Enver HODJA qui met en place un maoïsme européen. MAO n’a pas attendu la rupture avec l’URSS pour élaborer une voie chinoise vers le communisme. Cette voie chinoise séduit les intellectuels européens : en France, Libération est fondé par des journalistes maoïstes. Pour autant, il reste difficile de faire la part de l’idéologie et de l’impérialisme. En Asie du Sud-Est, la Chine tente de s’opposer à l’influence russe : elle soutient à ce titre le Pakistan, pourtant allié des États-Unis, parce qu’il est l’ennemi de l’Inde, elle-même alliée de facto à l’URSS, à qui elle livre des céréales. Elle soutient les « Khmers rouge » de POL POT, lui aussi adepte d’un marxisme paysan. Elle alimente, elle-aussi, des foyers de tensions et de guerre dans cette « guerre froide dans la guerre froide » que se livrent l’URSS et la RPC en Afrique et en Asie.

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                Pays communiste, la Chine est d’abord un pilier du bloc socialiste que son alliance avec l’URSS dans les années 50 illustre. Mais elle sait mener une politique étrangère originale tournée vers le Tiers Monde. Cependant, la politique intérieure et extérieure chinoise reste conditionnée par l’obsession des dirigeants d’assurer au pays un développement rapide passant par l’industrialisation, une ambition qui conduit DENG lors de sa prise de pouvoir (1978) à amorcer la politique des « Quatre modernisations » qui permet, entre autre, l’ouverture graduelle de la RPC aux capitaux et aux entreprises étrangères (1979) : c’est le « socialisme de marché ».

© Erwan BERTHO (Mai, 2016, révision 2017)

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