COMPOSITION Géographie Première Aménager les villes en France Corrigé

COMPOSITION

Aménager les villes françaises : vers une réduction des fractures urbaines et l’avènement des villes durables. 

À partir des études menées en classe et de vos connaissances vous répondrez à la question problématique posée selon vous par le sujet.

                Dans le monde, aujourd’hui, un homme sur deux vit en ville. Et même si de grandes disparités existent entre pays en développement (20% des Nigériens sont des citadins) et les Pays Anciennement Industrialisés (PAI) comme la France où les taux d’urbanisation oscillent entre 75% et 90% (En comptant les périurbains), la tendance générale est au renforcement du poids et du rôle des métropoles. C’est le phénomène de la métropolisation, le renforcement continu des fonctions de commandement des plus grandes villes. En France aussi l’armature urbaine se caractérise par l’attractivité très forte des métropoles. Celles-ci, de plus en plus peuplées, sont aussi de plus en plus étendues et de plus en plus polluées. C’est l’une des conséquences de l’étalement urbain. Celui-ci est largement le produit d’une société qui refuse les charges communautaires de la vie en immeuble et cultive l’entre-soi : le périurbain s’impose comme le territoire le plus dynamique des aires urbaines. La ville devient le miroir des inégalités sociales et sociétales, mais aussi de l’impasse environnementale dans laquelle se trouve l’ensemble du monde industrialisé. L’avènement de la ville durable sera-t-il l’opportunité, saisie par les aménageurs, pour réduire aussi les fractures urbaines, spatiales et sociales ? Après avoir analysé (Ière partie) les fractures sociales et spatiales de la ville française métropolitaine à l’échelle de l’armature urbaine nationale puis de l’agglomération (IIe partie) nous étudierons (IIIe partie) les politiques de la ville qui tentent de répondre aux « maux de la ville ».

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                Les fractures urbaines sont nombreuses en France métropolitaine comme dans la France des Départements et des Régions d’Outre – Mer (DROM). L’armature urbaine de la France est très déséquilibrée. Paris domine le réseau urbain français (20% du territoire) et écrase le développement des autres villes (Celles de son bassin ne dépassent guère les 200,000 habitants). Cette macrocéphalie se retrouve dans les DROM (Comme la Guadeloupe ou la Martinique) où le chef lieu régional concentre souvent à lui seul 30% des habitants. Mais elle se retrouve peu ou prou aussi en province : Toulouse, Bordeaux et Nantes se comportent à leur échelle comme Paris à l’échelle nationale. Seule l’agglomération de Lyon (1,6 millions d’habitants) possède un réseau urbain hiérarchisé et articulé de maillage homogène. L’aire urbaine de Paris recouvre un Bassin parisien immense, limité seulement par la Somme et la Champagne à l’Est, la haute Normandie au Nord, la Bretagne à l’Ouest et le Massif central au Sud. S’y concentrent 12 millions d’habitants (19% de la population française) mais 40% des cadres supérieurs et des fonctions quaternaires (Tertiaire rare et supérieur : recherche, services financiers et sièges sociaux des Firmes Transnationales, les FTN). La tendance lourde des villes françaises insérées dans la mondialisation est bien à la métropolisation, le renforcement continu du poids des grandes villes, très peuplées (+ de 500,000 habitants en France), regroupant des fonctions de commandement et de prescription dans les domaines politiques, économiques et culturels. Les 11 premières métropoles françaises concentrent 20 millions d’habitants, soit près de 30% des 66 millions de Français. La mondialisation met les villes de l’espace mondial en concurrence âpre les unes les autres pour attirer investisseurs (Marchés dans l’aviation civile pour les industries et sous-traitants de Toulouse, construction navale à Nantes), décideurs politiques nationaux et continentaux (Parlement européen à Strasbourg, UNESCO à Paris par exemple) ou festivals (Festival de Cannes, Foire Internationale d’Art contemporain FIAC à Paris, défilés de mode, production cinématographique…). Dès lors, les agglomérations françaises (Ville-centre et banlieue) sont en concurrences entre elles aussi. Le dynamisme des métropoles est inégal. Cette inégalité manifeste bien une des fractures urbaines majeures en France : le développement des villes puissantes au détriment d’un tissu urbain ancien mais en déprise. Paris (+0,5% d’habitants en plus entre 1982 et 2007), Strasbourg, Nice, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes (+0,7%) gagnent des habitants, les villes des bassins industriels touchées par les délocalisations (Valenciennes, Saint-Étienne) ou touchées par les mesures de libéralisation des économies comme la pêche (Dunkerque) ou le commerce (Le Havre moins compétitif que Rotterdam pour le commerce maritime) perdent des habitants (-1%).

Au sein des aires urbaines les inégalités en termes d’attractivité (mesurée par les soldes migratoires des jeunes et des cadres par exemple) se retrouvent. Les espaces urbains les plus attractifs sont les espaces périurbains. Les villes françaises sont devenues de plus en plus difficiles à définir. Hier les pouvoirs publics définissaient la ville comme l’agglomération, dans un continuum urbain, de 2,500 habitants. Aujourd’hui l’étalement urbain (La superficie de la ville augmente plus vite que sa population) fait se déverser les espaces urbains dans les campagnes. Le continuum urbain n’existe plus à la périphérie des grandes agglomérations. Les périurbains s’installent dans des zones pavillonnaires et c’est leurs migrations pendulaires (Aller-retour quotidiens ou hebdomadaires entre leur résidence principale et leurs lieux de travail et de loisirs) qui définissent l’aire urbaine. La « ville » devient alors de plus en plus un espace ségrégé et les fractures sociales s’inscrivent dans les différents paysages de la ville : on parle alors de fractures socio-spatiales. La diversité de la ville décroît vers les périphéries : si la ville-centre reste le lieu de concentration des extrêmes (Jeunes actifs célibataires ou sans enfant et retraités, riches et pauvres, tertiaires supérieurs et emplois de service sans qualification) la diversité sociale et professionnelle de la ville décroît vers sa périphérie. Dans les banlieues se juxtaposent les zones pavillonnaires (Près des nœuds de communication) et des grands ensembles HLM (À l’écart des nœuds de transport), puis le périurbain accueille les classes moyennes et moyennes supérieures, parfois en primo accès à la propriété, souvent avec enfants. Si les résidences fermées (Du type des gated communities étatsuniennes), comme la « Villa Montmorency » à Paris dans le XVIe arrondissement, restent rares en France, les citadins tendent à l’entre-soi. La gentrification (Renchérissement du coût de la vie en centre-ville à la suite de la réhabilitation du bâti ancien et du retour de la bourgeoisie) explique en partie le départ des autres classes sociales vers les espaces périurbains. L’étalement urbain s’explique aussi par l’idéologie libérale-libertaire qui rend les contraintes de la vie collective (Sociabilité, partage des charges et des nuisances) insupportables à la classe moyenne. Dès lors les vieux retraités vivent isolés au cœur même de la très grande ville tandis que les pauvres sont concentrés dans des quartiers souvent dégradés. Les « tours » et les « barres » construites dans les années 60’ et 70’ ont mal vieilli : les offices des Habitations à Loyers Modérés (HLM) débordés par l’accumulation des charges et des locataires insolvables se sont résolus à n’entretenir que le minimum. Les « quartiers » et les « cités » paupérisés (5 millions de Français vivent dans ces Zones Urbaines Sensibles, les ZUS) concentrent tous les maux de la ville : chômage (17% contre 9% en France), insécurité, défaillance et rareté des services publics. Les émeutes urbaines (Les 1ères ont lieu dès les années 1980 dans la banlieue de Lyon) sont une des expressions de l’échec de la ville française. Entre la pollution générée par les migrations pendulaires et la violence des grands ensembles il est plus que jamais urgent de repenser la ville.

                La question urbaine est lancinante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (Jean-François GRAVIER, Paris et le désert français, 1947, Flammarion). Entre 1931 (La majorité des Français vit en ville) et le mitan des années cinquante (La croissance démographique est essentiellement due à la croissance démographique des citadins) la France est devenue urbaine. Mais l’insertion continue dans la mondialisation a aggravé les déséquilibres à toutes les échelles. C’est pourquoi l’avènement de la ville durable est peut-être une des dernières opportunités à saisir par les aménageurs pour réduire les fractures urbaines. À l’échelle nationale l’État depuis les lois de décentralisation (1982-1986) a accompagné les efforts des métropoles de la périphérie : délocalisation des grandes écoles de l’État (ENS à Lyon, ENM à Bordeaux, ENA à Strasbourg) et des directions centrales (Une partie du Ministère des Affaires Étrangères est à Nantes). Il accompagne aussi par le biais de la Délégation à l’Attractivité Régionale et à l’Aménagement des Territoires (DATAR) les projets de coopération entre villes en créant le statut juridique de métropole qui donne un rôle de leader régional aux villes les plus dynamiques de province. Les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) s’intègrent dans des ensembles plus vastes comme les Schéma de Cohérence et d’Organisation Territoriale (SCOT) qui prennent en compte les objectifs des Agendas 21 locaux (Plus de 500 en France). Les élus locaux promeuvent le développement des moyens de transports propres (Tramway, location de vélos) et développent l’inter modalité (Comme à Paris où les nouvelles lignes de Tramway T1; T2 et T3 croisent des stations de métro et des postes de location Vélib’). Des expériences d’éco-quartiers respectant les exigences du développement durable (« […] Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. […] » Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, CMED, Notre avenir à tous. Rapport Brundtland. , 1988, Édition du Fleuve, Montréal, Québec) se multiplient (Comme les « Îlots ABC » de « Lyon Confluence »). La mixité sociale et générationnelle est encouragée, les normes Haute Performance Environnementale (HPE, Norme AFNOR) respectées. Mais ces initiatives sont rares, coûteuses et se heurtent, derrière les effets médiatiques, aux égoïsmes locaux. Les élus des communes riches préfèrent payer les amendes prévues par les lois Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU, 2000) ou Borloo (2005, « Grenelle de l’Environnement », Grenelle II) que d’accueillir les 20% de logements sociaux prévus. Car les élus savent que les citadins sont favorables à la mixité sociale à condition de ne pas retrouver les enfants des pauvres et des immigrés récents dans les écoles où ils mettent leurs enfants. Lors des réhabilitations des ZUS (Comme lors de la démolition des « Tours Mondor » à Argenteuil dans le Val d’Oise en banlieue parisienne) les habitants sont souvent relogés à la très grande périphérie des villes, dans des ensembles HLM de petite taille certes mais à l’écart des nœuds de communication. Les édiles accueillent plus volontiers les « Zones franches » (Exemptée d’impôt, ouverture le dimanche) même si leur efficacité locale est quasi nulle.

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                Réduire les émissions de CO² pour répondre aux exigences du protocole de Kyoto (1997) sera plus facile qu’assurer la mixité sociale des agglomérations. Les fractures urbaines ne sont pas l’expression d’une faillite des villes mais de notre conception de la communauté. Et tant que la ville durable sera une ville écologique et non une ville mixte il s’agira surtout d’une ville immuable plus que durable.

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