FICHES DE LECTURE – DARRIEUSSECQ, “Il faut beaucoup aimer les hommes” (2013) OUATTARA

CRITIQUE LITTÉRAIRE

Marie DARRIEUSSECQIl faut beaucoup aimer les hommes. , 2013, Prix Médicis

FICHE TECHNIQUE

DARRIEUSSECQ(Marie), Il faut beaucoup aimer les hommes, 2013, Paris, aux éditions P.O.L., 320 pages, prix Médicis 2013, 311 pages.

ISBN :9782818019245

L’AUTEUR

Marie DARRIEUSSECQ est née le 3 janvier 1969 à Bayonne, en Pyrénées-Atlantiques. Elle publie son premier roman, Truismes, en septembre 1996, suite à de brillantes études de littérature. Elle doit en partie sa technique aux nombreuses spécialités qu’elle aura combinées, ainsi qu’à une riche bibliothèque familiale. Marie DARRIEUSSECQ est également psychanalyste.

LE LIVRE

Il faut beaucoup aimer les hommes constitue certainement l’apothéose de la carrière de Marie DARRIEUSSECQ. En effet, l’auteure confie elle-même lors d’un reportage : «  ce livre, c’est peut-être l’un de mes préférés, un aboutissement de mon travail ».

Une histoire d’amour contrariée par les préjugés

Dans l’histoire de la littérature française, de nombreux amants tels Tristan et Iseut, Chimène et Rodrigue, ou encore Alceste et Célimène, avaient pour plus grands obstacles à leur histoire d’amour leurs familles respectives ou leur différence de rangs social. Dans Il faut aimer les hommes,  ce sont leurs cultures différentes qui semblent empêcher Solange, blanche, et Kouhouesso, noir, de se rencontrer. C’est dans l’univers glamour de Hollywood que les deux amants font connaissance. Loin d’être une histoire d’amour à l’eau de rose, le roman retranscrit le malaise et l’amour désespéré de Solange qui aime plus qu’elle n’est aimée, et doit embrasser une culture étrangère pour se rapprocher de celui qu’elle aime, Kouhouesso. Celui-ci, plus préoccupé par le film qu’il souhaite réaliser, manifeste à son égard une certaine froideur.

Le jeu avec les clichés

À une époque où le racisme sévit gravement en France cette histoire rappelle que si les rencontres entre cultures sont difficiles elles restent possibles. C’est en même temps que Solange que le lecteur découvre l’Afrique, alors que Kouhouesso se rend au Congo pour tourner un film adapté d’Au Cœur des ténèbres. , de Conrad. Pour se rapprocher de celui qu’elle aime, Solange se documente et rejoint l’équipe de tournage. Cette Afrique, elle l’observe avec ses yeux d’étrangères, ne parvient qu’à la survoler et le récit du séjour au Congo n’est pas dépourvu de clichés. Parce que c’est de cela que DARRIEUSSECQ nous parle, des préjugés sur les noirs, sur les femmes, sur les blanches aussi. Ainsi de Kouhouesso, lui-même, qui dit être au courant de la grossesse passée de Solange à cause de certains traits physiques de « femme blanche ».

Une plume aguerrie et tranchante

Ce qui touche le plus chez Marie DARRIEUSSECQ, c’est sa plume aguerrie, tranchante. Les mots sont ses armes et elle les utilise tantôt avec ironie, tantôt avec une volupté étonnante, pour pourfendre les préjugés. C’est ainsi qu’elle inscrit en filigrane, au fils de ce récit passionnant une morale.

Cette histoire d’amour se conclut par un échec. Solange, qui était follement amoureuse est rejetée, et des années plus tard, son amant avoue regretter son choix. Le cynisme dans les sentiments de Kouhouesso est certainement du à une peur du rejet, de la différence. Toute sa vie, il a été touché par le racisme, mais en dépit de la barrière invisible qu’il s’est crée, il est certain qu’il éprouvait de réels sentiments pour Solange à certains moments de leur relation. Les différences culturelles n’étaient pas à l’origine des difficultés du couple. C’est certainement l’attitude de Kouhouesso,, qui est la cause de cette séparation. Ce livre évoque, inscrit entre les lignes, un autre problème majeur : victime de racisme, la capacité de Kouhouesso à aimer une femme blanche est altérée, après avoir subi des années de préjugés. Il met cette incapacité à aimer sur le compte de différences culturelles ; Solange, est pour lui, une fille qui ne peut pas le comprendre. Mais peut-être l’autre message de ce livre, beaucoup plus subtil, serait un fossé qui se creuserait dans les deux sens, l’un, moins présent, à cause d’un sentiment de supériorité et de préjugés raciaux, l’autre à cause d’une rancœur refoulée.

C’est l’arme d’une lutte

Pour conclure, cette œuvre est un témoignage de notre époque, fortement influencée par l’actualité française. C’est aussi, pour Marie Darrieussecq, une manière de mettre en question les valeurs françaises actuelles. En effet, elle se bat, comme Rousseau s’est battu des siècles auparavant pour l’abolition de l’esclavage, contre le racisme. Cet ouvrage contemporain, qui a une visée politique, rayonne de par son originalité et de par son engagement pour     une cause qui touche nombreux d’entre nous. Plus qu’un livre, c’est l’arme d’une lutte, une flèche, lancée pour atteindre l’ennemi lancée pour dénoncer les préjugés, le racisme, et une vision naïve de L’Afrique.

© Rabiatou OUATTARA  (2014).

 10.1 DARRIEUSSECQ Il faut beaucoup aimer les hommes (2013) OUATTARA

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