HGGSP – Correction des “petites questions” d’argumentation, “La démocratie est-elle un régime populaire ?”

“Petites questions” d’argumentation

La démocratie est-elle la garantie d’un régime populaire ? 

                               Paradoxalement, si à Hong Kong et en Thaïlande on se bat pour accéder à la démocratie, la préserver ou l’accroître, dans la vieille Europe, qui s’est toujours pensée comme le berceau de la démocratie, les partis populistes, partisans d’une limitation drastique des libertés fondamentales ont le vent en poupe : comment comprendre que le régime « du peuple, par le peuple et pour le peuple » comme le définissait le président américain Abraham LINCOLN (1863) au XIXe siècle soit devenu si impopulaire ?

                La démocratie (demos = le peuple et crateïn = le pouvoir) est, par définition, le régime populaire par excellence. Encore faut-il s’entendre sur ce que « peuple » veut dire… Théorisée sous sa forme actuelle par les Grecs d’Athènes qui en font leur régime spécifique, elle n’a depuis jamais cessée d’être pensée, et la dynamique démocratique d’inclusion d’une masse de citoyens toujours plus nombreux ne s’est jamais arrêtée. Réservée dans l’Antiquité à une ethnie, en l’occurrence les Athéniens, la citoyenneté est le fruit du droit du sang. Depuis PÉRICLÈS (Stratège athénien du Ve siècle avant l’ère commune), il faut être de père et de mère athéniens pour pouvoir prétendre accéder à la citoyenneté. Jusqu’au XIXe siècle on se méfie des masses, pensées comme ignorantes et dépourvues de véritables capacités réflexives, dans la tradition de PLATON qui les réduit à un « ventre » (La République, IVe siècle avant l’ère commune). Le suffrage universel n’est instauré en France qu’en 1848, Benjamin CONSTANT en a dit tout le mal qu’il en pensait, instruit imaginait-il par les excès de la période jacobine de la Révolution française (1789-1799). Il préférait le suffrage censitaire, réservé aux propriétaires. En Belgique le suffrage censitaire ne disparu qu’en 1895, remplacé jusqu’en 1919 par le suffrage plural où les riches voient leurs voix compter plusieurs fois. Aux États-Unis le suffrage indirect prévaut pour les élections présidentielles, en France pour les élections sénatoriales, dans de nombreux pays comme la République Fédérale d’Allemagne ou Israël le chef de l’État est élu par les parlementaires : quand en France (1962) le général DE GAULLE a proposé de faire élire le président de la République au suffrage universel direct, les hommes politiques d’alors ont crié à la tentative de coup d’État constitutionnel. (Il faut dire que le précédent président de la République élu au suffrage universel direct avait été Louis-Napoléon BONAPARTE, qui devint rapidement NAPOLÉON III). En France les femmes n’ont accédé au droit de vote qu’en 1946, les femmes turques votaient depuis 1929, les Américaines depuis 1919. Encore faut-il rappeler qu’aux États-Unis il faudra attendre la fin de la ségrégation (1959) et la lutte pour les droits civiques (1959-1969) pour que les Africains-Américains accèdent réellement aux droits qui leur étaient garanti depuis la fin de l’esclavage (1865). Une démocratie peut donc être plus ou moins juste et plus ou moins inclusive, parfois spécifiquement interdite d’accès au peuple.

                La démocratie peut donc être inégalement inclusive. Elle est également inégalement appréciée. La démocratie est parfois un régime impopulaire, au sens propre, peu aimé du peuple : paradoxe en apparence mais qui nous rappelle que la démocratie n’est pas toujours le régime ouvert au peuple qu’elle se prétend. Les « Gilets jaunes » en France, entrés en politique avec leur mouvement, se sentaient en décalage complet avec le régime républicain, un régime bourgeois selon eux. Au XIXe siècle, les socialistes, marxistes et communistes considèrent aussi que la démocratie fonctionne au profit des classes dominantes et refusent le jeu politique démocratique, préférant une révolution instaurant une « dictature du prolétariat ». La période jacobine (1793-1795) de la Révolution française nous rappelle que la « dictature d’assemblée » (Où les pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif sont aux mains d’une assemblée unique, en l’occurrence la Convention), sorte d’idéal démocratique antique puisque chaque serviteur de l’État est nécessairement un élu) peut finir par devenir un régime exécré. Le berceau même de la démocratie occidentale, la Cité des Athéniens au Ve siècle avant l’ère commune, fut contestée, par les partis populaires comme les partis conservateurs. Car la démocratie est aussi contestée par les élites. ARISTOPHANE, auteur de comédies politiques athénien de l’âge classique dénonce les travers d’une démocratie livrée aux démagogues qui veulent plaire au peuple sans soucis des intérêts à long terme de la Cité : à Athènes, le parti des Aristocrates (Les « meilleurs ») milite pour un retour à un régime oligarchique, de type spartiate. La défaite après la guerre du Péloponnèse (-404) et la mort de Socrate (-399) mettent effectivement fin à l’âge d’or d’Athènes.

                La démocratie est le régime qui donne le pouvoir au peuple entendu dans son acception civique (Corps des citoyens) et non dans son acception sociale (Les gens du commun) : elle peut donc être plus ou moins inclusive. Même quand elle l’est sur le papier, les mécanismes de fonctionnement peuvent en exclure des pans entiers de la société, voire la faire fonctionner au profit d’une classe sociale, d’une élite. De ce fait la démocratie n’est ni la garantie d’un régime inclusif, ni celle d’un régime apprécié.

© Souleymane ALI YÉRO, Erwan BERTHO & Ronan KOSSOU (2021)

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2.2.3.2.2._Première -Spécialité_20_11_2020_Correction

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