2de – HISTOIRE (10), La Réforme, enjeux religieux et politiques. 

2de – HISTOIRE (10), La Réforme, enjeux religieux et politiques. 

                La publication des Quatre-vingt quinze thèses (1517) par LUTHER, pose publiquement la question de la légitimité de la Papauté sur la communauté chrétienne : le schisme entre Catholiques et Réformés ouvre une période de remise en question généralisée. Quels sont les enjeux religieux, politiques et sociaux de la Réforme ?

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                Quels sont les enjeux religieux de la Réforme ? Au Moyen-âge (476-1492), la mise en place des tribunaux de la Sainte Inquisition dans les principaux royaumes d’Europe (1231) a rapidement mis fin aux diverses critiques de la Papauté. À la fin du XIVe siècle et au XVe siècle, les progrès de l’instruction et le développement de l’imprimerie à caractères mobiles en plomb et encre à l’huile de lin de Johannes GUTEMBERG (Bible à 42 lignes de Mayence, 1452) permettent la diffusion des idées et l’émergence de voix discordantes.  John Wyclif (1371, De Eucharistia), docteur de l’Église et théologien, conteste l’autorité de la Papauté et dénonce la corruption du clergé, Jan HUS, Tchèque de Bohême et théologien lui aussi, dénonce le commerce des indulgences, la richesse du clergé et appelle à une plus grande association des fidèles au culte. Exécuté (1415), Jan HUS devient un martyr et la population de Bohême se soulève une 1ère fois (1419-1436), puis une 2ième fois (1514) contraignant les Papes à accepter les thèses de Jan HUS. Le « prince des Humanistes », Érasme de Rotterdam, dans l’Éloge de la folie (1511), dénonce la richesse du clergé et appelle au retour d’une Église apostolique, faisant appel à la raison et la foi du fidèle plutôt que l’enfermement dans des rites devenus obscurs. Il fait paraître une bible bilingue (Latin / grec) dans laquelle il corrige les erreurs de la Vulgate de Saint Jérôme (Dédicace au pape LÉON X, préface à l’édition du Nouveau Testament, 1516). Martin LUTHER, en affichant (1517) sur les portes de la chapelle de l’Université de Wittenberg, où il enseigne avec Philippe MELANCHTON, ses « 95 thèses » rompt (1521) avec la papauté : sa théologie fait de tout fidèle un prêtre, seule la foi sauve, et non les œuvres de charité qui visent à acheter sa place au paradis. Philippe MELANCHTON rédige la Confession d’Augsbourg (1530) qui devient le catéchisme de la Réforme. CALVIN, avec la parution de L’Institution de la religion chrétienne (1536), anime depuis Genève, en Suisse, une réforme religieuse plus intransigeante, iconoclaste, et fondée sur la croyance dans la prédestination.

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                Quels sont les enjeux politiques de la Réforme ? La diffusion rapide des idées réformées s’explique sans doute par une attente spirituelle forte des Chrétiens européens, tant paysans que bourgeois des villes, mais aussi par la protection des princes et des autorités politiques. Martin LUTHER est le protégé du prince Électeur Frédéric III de SAXE, personnage considérable du Saint Empire Romain Germanique qui s’oppose et fait plier l’Empereur CHARLES QUINT (Diète d’Augsbourg, 1555) : vingt années de guerre contre les troupes impériales auront eu raison de l’autorité de CHARLES QUINT qui fait adopter le principe « Cujus regio, ejus religio » (Que chacun suive la religion de son prince). C’est la « Paix d’Augsbourg ». CALVIN trouve refuge à Genève, d’où se constitue la réforme dans les pays francophones (France, Suisse) mais aussi en Écosse, et dans les colonies d’Amérique du Nord. En France, le schisme religieux recouvre des divisions politiques : le Sud et l’Ouest de la France, traditionnellement rétifs au pouvoir central, embrassent la Réforme : les « guerres de religion » (1562-1598) qui connaissent un summum de violence avec les Massacres de la Saint-Barthélemy (1572) ne s’apaisent qu’avec l’Édit de Nantes (1598) qui permet une certaine liberté religieuse, mais au prix, là aussi, d’un replis de l’autorité monarchique puisque les Protestants conservent des places fortes (Dont La Rochelle) où ils entreposent des armes, des pièces d’artillerie et des munitions. En Angleterre, HENRI VIII (Acte de suprématie, 1534) est l’instigateur du schisme qui fait naître l’Anglicanisme : mais il faudra attendre le Livre de la Prière commune rendu obligatoire par Élizabeth Ière d’Angleterre (1559) pour que la confession de foi se formalise. L’appui des princes et des bourgeois a donc été fondamental pour assurer la survie de la Réforme.

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                Quels sont les enjeux sociaux de la Réforme ? La diffusion des idées réformées, et notamment les critiques adressées par les théologiens réformés contre le commerce des indulgences et la richesse de l’Église, la violence des collecteurs de dîme, l’avarice et le goût du lucre du clergé, s’explique aussi par les attentes sociales, et notamment celle des artisans dans les villes (Exclus du gouvernement) et des paysans dans les campagnes. L’achat des bénéfices ecclésiastiques, des titres et des charges transforme les dignitaires en parasites qui veulent, par la collecte de l’impôt, récupérer leur mise initiale. Les paysans se soulèvent, attirés par la Réforme qui promet l’égalité des hommes devant Dieu. Mais les soulèvements populaires sont écrasés (Guerre des paysans, 1524-1526, révolte des anabaptistes de Münster, 1534-1535), souvent par des armées catholiques et réformées coalisées.

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                La Réforme a fragilisé les pouvoirs centraux : le XVIIe siècle verra la réaffirmation de l’État en Europe. Elle a entraîné un schisme religieux qui perdure : les églises réformées sont celles qui connaissent aujourd’hui le plus fort dynamisme dans le monde chrétien, attirant à elles les hommes en quête de salut spirituel et matériel.

© Souleymane ALI YÉRO, Erwan BERTHO & Ronan KOSSOU (2020)

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