COMPOSITION – Géohistoire Terminales générales “La puissance de la Chine aujourd’hui.”

COMPOSITION

Les chemins de la puissance : la Chine et le monde aujourd’hui. 

Vous montrerez quelles sont les forces et les faiblesses de la puissance de la Chine aujourd’hui ? 

                La République Populaire de Chine (RPC, 1949) est la deuxième économie de la planète (PIB) et le premier exportateur de biens manufacturés. Depuis le déclenchement de la crise des crédits hypothécaires (2008) et des dettes souveraines (2009) elle est le 1er créancier des Pays Anciennement Industrialisés (PAI). Son rayonnement diplomatique est immense auprès des pays en développement pour qui elle représente une alternative à la Triade. Quelles sont ses forces (1) et ses faiblesses (2) dans les relations internationales aujourd’hui ?

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                La Chine est forte de sa richesse et de sa puissance économique. Son statut de pays atelier a longtemps fait croire qu’elle dépendait de la croissance des pays du Nord : sa traversée presque sans encombre de la crise qui frappe les membres de la Triade a renouvelé le regard que l’on portait sur sa puissance économique. 2e Produit Intérieur Brut (PIB) mondial (9 000 milliards de dollars), son solde courant de la balance des paiements culmine depuis 10 ans à plus de 200 milliards de dollars d’excédents lui permettant de thésauriser près de 3 000 milliards de dollars de réserves de change, la première réserve de change au monde. La population chinoise a permis à la RPC d’amortir le choc de la baisse des commandes européennes et nord américaines : les entreprises chinoises ont baissé leurs prix de vente pour gagner en volume en Chine ce qu’elles avaient perdu en valeur dans les marchés occidentaux. De plus en plus la Chine est donc l’atelier de la Chine. Ses Firmes Transnationales (FTN) sont performantes comme Zhongxing Telecommunication Equipment (ZTE), le premier opérateur de téléphonie au monde, ou LENOVO qui a racheté la mythique division PC d’IBM, ou China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), la première entreprise pétrolière chinoise pour ses investissements à l’étranger. La diaspora chinoise (Plus de 30 millions d’expatriés, +4% /an) lui assure des rentrées de devises : l’Asie, qui accueille encore 80% de la diaspora, est dépendante financièrement des anciennes diasporas chinoises de Singapour (80% de la population), de Malaisie (30%) ou de Thaïlande (12%). 70% du PIB indonésien sont contrôlés par la diaspora chinoise, encline ensuite à investir en Chine continentale à l’exemple des Chinois de Taïwan depuis les années 1990’. Désormais les flux migratoires chinois s’orientent vers les pays en développement : en Afrique notamment où les ouvriers des grands chantiers du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) restent après la fermeture des chantiers, comme au Ghana où 15 000 Chinois se sont installés dans le négoce Chine-Afrique et l’orpaillage. Loin des caricatures d’une nation fabriquant des bassines en plastiques et des sandales de camping, la Chine excelle dans les hautes technologies : avec près de 22% des chercheurs dans le monde et un budget de Recherche & Développement (R&D) supérieur à l’Union Européenne (UE) la RPC est, avec la Fédération de Russie, l’un des deux derniers pays au monde capable d’organiser des missions spatiales habitées. Chaque année, 400 000 jeunes étudiants partent se perfectionner à l’étranger, 40% reviennent une fois diplômés pour trouver à s’embaucher dans des entreprises de hautes technologies. C’est l’Armée Populaire de Libération (APL), à la tête d’un gigantesque complexe militaro-industriel depuis les « Quatre modernisations » (1978), qui profite et stimule cet intérêt pour la recherche : l’appareil militaire chinois s’est considérablement modernisé entre 1980 (Défaite face au Vietnam) et aujourd’hui. L’Armée a vu des effectifs fondre (De 3,5 millions d’hommes en 1975 à 1,5 en 2005) mais son budget a explosé (Passant de 15 milliards de dollars en 1999 à 90 milliards de dollars en 2011). Désormais la RPC développe ses propres avions de chasse dont le Chengdu J-20, un avion de 5e génération ou le Shenyang J-31 comparables au F-22 américain, et abandonne les copies russes dont certaines dataient des années 1960, comme ses copies de Mig-21. La marine chinoise a profité de cette politique de modernisation : ses navires de guerre sont entrés dans le Golfe de Guinée en 2011 pour des manœuvres conjointes avec des pays africains, dont le très pétrolier Gabon. Son porte-avion, le Liaoning, est une récupération d’un antique navire russe mais donne à la Marine chinoise des capacités opérationnelles qui lui manquaient. Deux autres porte-avions sont en cours de construction dans les chantiers navals de Jiangnan près de Shanghai. La RPC structure aussi le soft power : les Instituts Confucius (440 répartis dans plus de 120 pays) diffusent la culture et la langue chinoise. La Chine investit aussi dans le cinéma : le groupe Wanda par exemple qui vient (2013) de bâtir une « cité du cinéma » à Qingdao (pour 3,5 milliards de dollars) vient aussi de racheter la chaîne de multiplex American Multi-Cinema Theater (AMC) pour 2,5 milliards de dollars, permettant à un groupe chinois de contrôler des canaux de diffusion. Les manifestations de la puissance de la Chine sont donc nombreuses : économiques et financières, scientifiques et démographiques, militaires et culturelles.

                Mais la puissance de la Chine a aussi des limites, liées à sa situation intérieure (1/) et à son comportement international de plus en plus agressif (2/). Les défis intérieurs chinois sont nombreux et tendent à s’accumuler. La question de la répartition des fruits de la croissance est un des défis majeurs : le PIB/hab/an (En Parité de Pouvoir d’Achat, PPA) reste modeste (6 000 US$) dans la tranche moyenne, l’Indice de Développement Humain (IDH) à 0,700 n’est que le 101e. Aux côtés d’une frange restreinte de 200 millions de Chinois vivants dans les grandes métropoles comme Shanghai, Pékin, Guangdong ou Chongqing, près de 500 millions de paysans de l’intérieur des terres vivent encore dans des conditions difficiles. Dans la Chine intérieure le PIB/hab. ne dépasse pas 3 500 US$, soit un niveau faible. Les salaires des travailleurs des Zones Économiques Spéciales (ZES), même s’ils viennent d’être relevés (+50% pour les employés de Foxconn) restent comparables à ceux des autres pays en développement de la région (Bengladesh, Thaïlande, Indonésie). Il n’y a pas de miracle chinois : les ouvriers pauvres paient le prix de la croissance. Les défis sont aussi démographiques : la politique de l’enfant unique, impérative jusqu’aux années 2010, a jeté dans les campagnes et les marges des villes près de 40 millions d’habitants sans existence légale. La population âgée n’est plus remplacée (- 300 d’habitants dans 30 ans): les retraites (80 millions supplémentaires chaque année) ne sont pas versées ou peu et les jeunes générations rechignent à prendre en charge leurs parents, créant une catégorie de personnes très âgées et très pauvres. Le contrôle des migrations intérieures entraîne l’apparition d’une classe de travailleurs illégaux (Les Mingong) qui servent de main d’œuvre dans le BTP mais créent aussi des quartiers de bidonvilles autour des métropoles géantes. La jeunesse critique de plus en plus la corruption endémique : l’étalage de la fortune des « Princes rouges », fils et petits fils de dirigeants du PCC, est scandaleuse. Ayant fait leurs études à l’étranger et occupant des postes clés dans les gigantesques entreprises semi-publiques ils constituent la colonne vertébrale de ces nouveaux milliardaires et multimillionnaires chinois. XI Jinping, président de la RPC depuis 2013, est le parfait représentant de cette « aristocratie dangereuse » (La Chine m’inquiète, de Jean-Luc DOMENACH, professeur à Science Po Paris, 2009, aux éditions Perrin, collection « Tempus »). Certains sont épurés pour servir la vengeance populaire (Comme BO Xilaï, responsable du PCC de Chongqing et ancien ministre du Commerce, condamné en 2013 à la prison à perpétuité) mais les dirigeants de l’appareil d’État et du PCC en sont tous issus. Plus grave sans doute, la RPC ne participe pas de manière transparente au système des Nations Unies alors qu’elle est membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies : peu de soldats chinois participent aux opérations de la paix, la Chine soutien systématiquement les régimes dictatoriaux (Corée du Nord, Birmanie, Iran, Syrie) parfois uniquement pour faire sentir son poids politique aux autres membres du Conseil. Sa politique belliqueuse en Mer de Chine face au Vietnam, au Japon, à Taïwan et aux Philippines, alors que les marines de ces pays sont en confrontation quotidienne, soude ses voisins contre elle. La volonté de la RPC se s’approprier des archipels par la force est une source majeure de troubles en Asie orientale : or une puissance qui inquiète est déjà en perte de puissance. Les violences militaires et policières aux marges (Xinjiang, Tibet) et les déportations des opposants soulèvent contre la Chine des protestations populaires qu’elle feint d’ignorer mais qu’elle devra affronter : comment pourra-t-elle continuer d’opérer dans les pays musulmans tout en persécutant les Ouïghours qui veulent pratiquer le jeûne du mois de Ramadan ? Les dégâts environnementaux sont énormes : sols saturés de produits chimiques de l’industrie, ciels noyés de poussières, eaux polluées… La croissance devra aussi tenir compte de l’impératif écologique.

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                La Chine est plus solide que les observateurs occidentaux ne l’avaient imaginé, la pensant toute entière dépendante des marchés européens et nord américains. L’économie chinoise a pris son envol et est au service d’une politique de puissance qui se manifeste autant par le soft power que le hard power. Mais cette puissance est aussi source de contradictions : une population vieillissante dont on ne sait que faire, des disparités de richesse qui ne sont plus supportées, une inflation qui ressurgit régulièrement, un environnement dégradé. Plus grave, la Chine est une puissance mondiale sans doctrine diplomatique et qui inquiète tous ses voisins.

© Erwan BERTHO (2015, révision 2017)

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COMPOSITION GEOHISTOIRE corrigée 1 Les grandes puissances La Chine aujourd’hui

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SUR DES SUJETS VOISINS

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SOURCES :

ADOUMIÉ (Vincent) et FOUCHARD (Dominique), sous la direction de, Regards historiques sur le monde actuel. Histoire. Terminale S., 2014, Paris, aux éditions Hachette – Éducation, 223 pages, 62 et suivantes consacrées au thème II « Grandes puissances et conflits dans le monde depuis 1945 », et plus précisément la question intitulée « La Chine et le monde depuis 1949. » aux pages 90 et suivantes, ISBN 978-2-01-135615-4.

ARIAS (Stéphan) et CHAUDRON (Éric), sous la direction de, avec le conseil scientifique de KNAFOU (Rémy), et sous la coordination pédagogique de DELMAS (Jean-Christophe) et de REYNAUD (Carine), Du siècle des Lumières à l’Âge industriel & Approches de la mondialisationHistoire-Géographie 4e, 2011, Paris, aux éditions Belin, 352 pages, plus particulièrement les pages 176 et suivantes pour l’analyse de l’organisation spatiale et l’histoire dans le second XXe siècle du port de Shanghai, les pages 243 pour ZTE et les pages 266 et suivantes pour l’étude des puissances émergentes, ISBN 978-2-7011-5882-2.

BOUREL (Guillaume) et CHEVALLIER (Marielle), sous la direction de, Regards historiques sur le monde actuel. Histoire. Terminales L-ES. , 2012, Paris, aux éditions Hatier, plus précisément le chapitre 7 « La Chine et le monde depuis le mouvement du 4 mai 1919. », essentiellement à partir des pages 228, 408 pages, ISBN 978-2-218-96114-4.

BOUREL (Guillaume), CHEVALLIER (Marielle), CIATTONI (Annette) et RIGOU (Gérard), sous la direction de, Des clés historiques et géographiques pour lire le monde. Histoire-Géographie. Terminale S., 2012, Paris, aux éditions Hatier, 227 pages, ISBN 978-2-218-96119-9.

DAGORN (René-Éric), sous la direction de, avec BARRIÈRE (Philippe), CARUSO (Olivier), et CONSIL (Jean-Michel), Des clés historiques et géographiques pour lire le monde. Programme 2012. Histoire-Géographie. Terminale S, 2012, Paris, aux éditions Belin, 223 pages, ISBN 978-2-7011-6266-9.

MESMER (Philippe), « Le Japon veut prendre plus de responsabilités dans la sécurité régionale. », in, 2014, Paris, Le Monde, daté du 24 juin 2014, page 2, 25 pages, ASIN M 00147.

NAZET (Michel), La Chine et le monde au XXe siècle. Les chemins de la puissance, 2012, Paris, aux éditions Ellipses, les pages 3 à 48 (pour la géographie et le contexte géopolitique de la Chine actuelle) et à partir des pages 98 (pour l’histoire de la Chine depuis 1949), 255 pages, ISBN 978-2-7298-7476-6

PAMBRUN (Stéphane), « Chine : tempête sur la rivière des perles. », 2014, Paris, Jeune Afrique, n°2784 du 18 au 24 mai 2014, pages 74 et 75, aux éditions Jeune Afrique / éditions du Jaguar, 146 pages, ASIN 01936.

PEDROLETTI (Brice), « Pékin impose ses conditions en Mer de Chine. », in, 2014, Paris, Le Monde, daté du 24 juin 2014, page 2, 25 pages, ASIN M 00147.

PHILIPPE (Bruno), « Course-poursuite dans les îles Paracel. », in, 2014, Paris, Le Monde, daté du 24 juin 2014, page 2, 25 pages, ASIN M 00147.

THIBAULT (Harold), « Les pêcheurs de Gangfu ne craignent plus les gardes-côtes japonais. », in, 2014, Paris, Le Monde, daté du 24 juin 2014, page 2, 25 pages, ASIN M 00147.

THIBAULT (Harold), correspondant du Monde en Asie, « La natte en bambou de Peixie dit « merci Alibaba. », in, 2014, Paris, Le Monde daté du 16 juillet 2014, n°21614, supplément « Économie & Entreprise », page 2, rubrique « Plein cadre », 8 pages, ISSN 0395-2037.

THIBAULT (Harold), correspondant du Monde en Asie, « Chine : le plan de relance de Pékin sauve la croissance au deuxième trimestre. », in, 2014, Paris, Le Monde daté du 17 juillet 2014, n°21615, supplément « Économie & Entreprise », page 4, 8 pages, ISSN 0395-2037.

THIBAULT (Harold), correspondant du Monde en Asie, « Samsung suspend sa coopération avec un fournisseur chinois employant des mineurs. », in, 2014, Paris, Le Monde daté du 16 juillet 2014, n°21614, supplément « Économie & Entreprise », page 3, 8 pages, ISSN 0395-2037.

ZACHARY (Pascal), sous la direction de, Questions pour comprendre le XXe siècle. Histoire Premières L/ES/L., 2011, Paris, aux éditions Hachette, collection « Hachette éducation », en partenariat avec ISTRA, 384 pages, pages 152 et suivantes pour l’étude de la « Guerre froide, conflit idéologique, conflit de puissance. », ISBN 978-2-01135551-5

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