DEFINITIONS – HISTOIRE – “La destinée manifeste”

HISTOIRE

REPÈRES CLÉS D’HISTOIRE

Les définitions

La « Destinée manifeste ».

Idéologie anglo-saxonne expliquant et justifiant le rôle hégémonique des États-Unis en Amérique et dans le monde.

L’expression et sa signification originelle sont dues à la plume de John Lee O’SULLIVAN, journaliste new yorkais et directeur de la United States Democratic Review of New York (1848). Selon lui les États-Unis doivent concourir à « […] la réalisation de notre destinée manifeste, qui est de nous répandre à travers tout le continent pour assurer le libre-épanouissement de millions de personnes.  […] ». 

La « Destinée manifeste » apparaît alors que les États-Unis entrent en conflit avec le Mexique indépendant, notamment au Texas, où des dizaines de milliers de colons européens, transitant par la Nouvelle-Angleterre, se sont installés.  Or, dans le même temps, l’expansion de l’empire comanche atteint son apogée et les raids indiens asservissent l’ensemble de l’Ouest américain jusqu’au pied des Rocheuses, entraînant une véritable colonisation par des indiens de terres exploitées par des fermiers blancs. Pour les intellectuels anglo-saxons les Mexicains n’ont pas été à la hauteur de la mission, leur virilité n’est plus suffisante pour leur permettre de relever le défis : c’est aux Américains protestants et blancs de prendre la relève, une mission divine confiée par la Providence.

Derrière la théorie de la « Destinée manifeste », il y a un fond raciste anti hispanique et anti noir : les territoires annexés au Mexique sont tous esclavagistes, et le Texas parmi le premier d’entre eux qui se rangera (1861-1865) aux côtés de la Confédération lors de la guerre civile américaine. La « Destinée manifeste » est d’abord un manifeste de suprématie blanche. C’est une rupture majeure avec la doctrine MONROE (1823) dont la signification était purement géopolitique et s’inscrivait plus ou moins dans la doctrine WASHINGTON (1796).

Avec le temps, et les appétits grandissants des États-Unis (Le « goût de l’empire » selon le Washington Post, 1898), l’aire géographique de son acception s’étend également : l’expédition du Commodore PERRY ouvre les frontières du Japon (1853). La guerre hispano-américaine (1898) leur permet de prendre le contrôle de Cuba (Caraïbes) et des Philippines (Asie du Sud-Est) avant que la doctrine de Théodore ROOSEVELT (1901-1909) dite du « Big stick » ne leur permette de s’emparer de l’isthme de Panamá (1904) pour y construire un canal transocéanique entre le Pacifique et l’Atlantique. Celui-ci déclare « […] la doctrine MONROE peut forcer les États-Unis […] à exercer un pouvoir de police internationale. […] » (6 décembre 1904). Les propos d’O’SULLIVAN qui écrivait « […] Les États-Unis feront battre en retraite tous ceux qui tenteront de s’opposer à notre politique ou de faire obstacle à notre puissance […] » (1848) ont donc connu une fortune certaine. La théorie de la « Destinée manifeste » a seulement pris une dimension mondiale, au fur et à mesure que la puissance financière et technique des États-Unis leur permettait d’accroître leurs capacités d’action.

Dans la 2ème moitié du XXe siècle ce sont les Républicains qui reprennent cette théorie, après avoir été longtemps isolationnistes : Ronald REAGAN (1980-1988) en 1984 déclarait au Congrès « […] Les Américains construisent l’Avenir. […] ». C’est ce qu’on appelle « l’exceptionnalisme américain » défendu entre autre par Talcott PARSONS.

Le président (Républicain) Georges Herbert BUSH s’inscrivait dans cette logique quand il déclarait (1992) devant ne Congrès des États-Unis : « […] Nous sommes les États-Unis d’Amérique, le leader du bloc occidental, devenu le leader du monde libre. […] ». Des propos repris quasiment tels quels 10 ans plus tard par son fils, le président Georges Walker BUSH junior(2002) : « […] L’Amérique sera le champion de la défense de la liberté et de la justice, parce que ces principes sont justes, vrais, inaliénables pour tous les peuples du monde. […] ».

Si la théorie de la « Destinée manifeste » n’est plus guère citée, elle inspire encore la politique étrangère des administrations républicaines, dont les conceptions sont émaillées de références bibliques.

 

© Erwan BERTHO

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REPÈRES HISTOIRE Les définitions 2. La destinée manifeste

 

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